Next Exit Please : Le Blog Culturel
Expos, musique, livres, photos, voyages et … Asie!

sept
15

Célébrant l’automne à sa façon, le musée Jacquemart-André accueille depuis Octobre une courte mais intense rétrospective de portraits de Van Dyck, réunissant des toiles venus des plus grandes collections imageinternationales (L’Ermitage, Museo Thyssen-Bornemisza, Getty Museum, KunstMuseum de Vienne) et célébrant l’exceptionnel talent de portraitiste d’un des peintres les plus talentueux de sa génération. En l’espace de quarante ans, Antoon Van Dyck s’imposera en effet comme le portraitiste attitré d’abord de la bourgeoisie anversoise avant d’effectuer son voyage en Italie qui lui ouvrira les portes des demeures patriciennes de Gênes puis celle du Royaume d’Angleterre sous le règne des Stuart. Peintre virtuose qui fit ses classes dans l’atelier de Rubens en tant qu’assistant, Van Dyck se mit rapidement à son compte dans sa ville natale d’Anvers, s’inspirant tant de la tradition du portrait flamand que de la manière de la Renaissance pour réaliser les portraits de la noblesse locale, n’oubliant jamais grâce à la souplesse de son coup de pinceau de magnifier ses commanditaires et de transformer n’importe quel bourgeois argenté en auguste patricien immortalisé par la subtilité et la vivacité psychologique de sa touche. Ainsi, son “Portrait de famille” de 1620 transforme un simple portrait bourgeois (le mari, la femme, l’enfant) en trinité moderne, où l’étonnante contemporanéité des visages, la délicatesse des modelés ou la construction oblique des regards l’ensemble font échapper l’ensemble à la scène de genre et inspirent une forme de mélancolie savante, à l’image du visage de cette jeune, rond et pourtant déjà marqué par la vie. Cette première période anversoise culmine avec le “Portrait de Thomas Howard, Comte d’Arundel” de 1621, où Van Dyck, plein d’une audace toute assurée par son talent, livre un portrait presque iconoclaste, jouant de la pose du modèle, s’enthousiasmant dans la réalisation du velouté des tissus ou allant jusqu’à rendre les chairs transparentes jusqu’à en voir le bleuté des veines.

                Antoon van Dyck - Portrait de Famille (1620)  Antoon van Dyck - Portrait de Thomas howard, Comte d'Arundel (1621)

D’une technique virtuose et d’une  acuité psychologique étonnante pour un artiste aussi jeune (il a tout juste vingt ans passés), ces portraits augurent de la manière Van Dyck, faite d’un talent d’observation qui n’a rien à envier à la maitrise technique. Pourtant, en dépit de cette facilité évidente à transcrire sur la toile l’intériorité de ses modèles, le jeune Van Dyck, non exempt d’une certaine arrogance (qui transparaît magnifiquement sur son “Autoportrait” de 1622, où l’artiste apparaît fiévreux, de front, le visage baigné d’une lumière hivernale, vêtu comme un aristocrate bohême du XXème siècle), se verra refuser l’accès à la cour d’Angleterre et s’en ira entreprendre entre 1621 et 1627 son voyage en Italie pour approfondir sa connaissances des maîtres italiens et puiser auprès des Bergamasques et des Vénitiens (Moroni, Titien) une nouvelle approche de la lumière et du portrait.

                           Autoportrait d'Antoon Van Dyck, 1622

Ses “Portraits d’hommes”   (1624) témoignent d’une évolution notable de sa façon, sa palette se nimbant d’ocre et de couleurs mordorées, mais ses sujets conservent, en dépit de leur condition sociale modeste (Van Dyck représentant souvent ses amis peintres et s’affirmant comme l’un des premiers à revendiquer la noblesse de l’artiste), une élégance aristocratique innée. Mains longues ou lourdes, toujours parées de bijoux, les hommes de Van Dyck s’avancent au monde, fiers et confiants en leur destinée forcément magnifique, le poignet reposant sur une épée qui jamais ne sera tirée. A son retour à Anvers à la fin de 1627, Van Dyck tire profit de son séjour italien et met en œuvre les nouvelles leçons qu’il en a tirées; il abandonne la stricte rigueur flamande qui commandait auparavant à son art du portrait pour humaniser ses modèles et leur conférer une sorte de grâce détachée de monde, une sprezzatura qui tranche avec l’exubérance des costumes et des parures aux couleurs somptueuses. Le Portrait de “Jacques le Roy (1631), bourgeois superbe au regard lointain absorbé par la contemplation de sa destinée, grimpant les échelons de la pyramide sociale une lettre de cachet à la main ou celui de Maria de Tassis (1630), vêtue à la française, toute entière engoncée dans une carapace sublime de soies et de velours délicats, son visage diaphane enchâssant des lèvres adolescentes sur-dramatisées rappellent à quel point Van Dyck fait du portrait un miroir déformant, magnifiant les corps et dévoilant les âmes. Les portraits  de Jacob de Witte (1627-1631) ou Filippo Francesco d’Este (1634) révèlent au-delà des apparences les pesanteurs des conventions aristocratiques et l’étroitesse des horizons promis à ces petits jeunes hommes princiers, forcément princiers.

     Antoon van Dyck - Portrait de Jacques le Roy (1631) Antoon van Dyck - Portrait de Filippo Francesco d'Este (1634) Antoon van Dyck - Portrait de Maria de Tassis (1630)

L’exceptionnelle collection de portraits anversois et de dessins et gravures lui ouvriront enfin les portes de la cour de Charles Ier, qui, dès 1633 en fera le premier peintre ordinaire de Sa Majesté. Devenu portraitiste favori de la cour, Van Dyck achèvera sa propre ascension sociale si souvent mise en scène pour ses commanditaires en se voyant anobli par le roi et titulaire d’une généreuse pension. C’est pourtant dans ces dernières années que Van Dyck poussera dans ses retranchements son art pour donner naissance à une certaine école anglaise du portrait, perpétuée ensuite au XVIIIème siècle par Gainsborough, Raeburn, Reynolds ou plus tardivement Constable. Parvenant à un subtil équilibre entre l’exigence de grandeur et une souplesse jusqu’alors absente des portraits royaux, Van Dyck sera l’un des grands artisans du renouveau du portrait en Angleterre et assurera la postérité de Charles Ier, dont le portrait officiel de 1637 offre une vision rock and roll  d’un roi débarrassée de la pompe ridicule de l’Ordre de la Jarretière dont il fut pourtant l’un des ardents rédempteurs.

Exposition remarquable en dépit d’une scénographie peu adaptée à l’étroitesse des lieux, cette rétrospective agit comme un portrait en creux de l’artiste lui-même, le suivant dans ses voyages et ses rencontres, mais accompagnant aussi sa propre ascension sociale, de la bourgeoise drapière à l’anoblissement britannique, et rappelle, à qui veut bien la voir, la modernité parfois terrible des portraits de Van Dyck, reflet d’un XVIIème siècle brillant et capitaliste, bourgeois et égoïste qui inaugurera en 1689 avec la fin du règne des Stuart le sacre de l’individu et qui se révèle finalement bien peu éloigné du nôtre.

N.

“Van Dyck”, Musée Jacquemard-André, du 8 octobre 2008 au 25 janvier 2009, 158, Boulevard Haussman, 75008, Paris

sept
15

Une visite au Musée Cernuschi est l’un de ces plaisirs parisiens délicats que l’on pourrait croire réservé à Londres. Profiter gracieusement au sein d’un écrin privé exceptionnel – la belle maison d’Henri imageCernuschi nichée au creux de l’avenue Vélasquez, construite à sa demande par Bouwens der Boyen et dont les fenêtres ouvrent sur les frondaisons Second Empire du Parc Monceau – de la collection privée d’un mécène passionné d’art asiatique rappelle inlassablement ces grandes institutions britanniques où l’on peut flâner, nonchalant, admirer un Franz Hals de la cosy Wallace Collection ou parcourir un abrégé artistique du XIXème au Courtauld Institute. A l’exception du musée Jacquemart-André située d’ailleurs à quelques pas, aucun autre musée parisien ne sait proposer une visite si délicieusement “vieux Siècle” et si passionnément ancrée dans une époque où l’on pouvait encore être banquier et avoir du goût, conjuguer fortune et élégance discrète. réunit un ensemble de 120 œuvres restaurées faisant partie de la collection Cernuschi et dont la plupart ne furent jamais présentées au public du fait de leur état de conservation. La collection constituée par Henri Cernuschi à la fin du XIXème siècle est celle d’un passionné et par essence, fondamentalement subjective. Rassemblant un ensemble d’œuvres de grands peintres de la période Ming (1368-1644) comme Wen Zhengming ou Dong Qichang et de la dynastie Qing (1644-1911), l’exposition intègre également des œuvres ajoutées à la collection de manière posthume par le Musée et reflétant l’évolution de la peinture chinoise classique au XXème siècle confrontée aux mutations historiques et à l’ouverture forcée et longtemps traumatique à l’Occident (la République, l’occupation japonaise ou l’exode à Paris).

Exposées pour la première fois, la collection de peintures chinoises rapportées d’Orient par Henri Cernuschi en 1873 au retour d’un long périple au Japon et en China a fait l’objet d’un long et minutieux travail de restauration leur donnant une deuxième vie et permettant de re-découvrir l’audace et l’originalité graphique d’artistes novateurs. La collection constitue en elle-même un témoignage historique rare sur le regard porté par un Occidental sur l’esthétique asiatique et plus particulièrement sur le rôle central de la Chine dans la constitution d’une identité culturelle asiatique dans une fin de XIXème français impressionniste tout entier voué au japonisme. 
    Xie Zhiliu (1908-1997)   image  image

Eric Lefebvre, Conservateur du Musée Cernuschi, aura également eu l’excellente idée de documenter le processus de restauration de ces œuvres uniques en consacrant un film d’une vingtaine de minutes au travail des restaurateurs. Travail minutieux, ingrat souvent, passionné toujours: les restaurateurs nous font entrer dans les coulisses de l’œuvre, derrière les cimaises et les rouleaux de soie et dévoilent avec humilité et tendresse les dessous de la toile, toujours admiratifs de ces œuvres fragiles et pleines de vie. Et l’on ne peut que partager l’émotion du conservateur et de sa restauratrice quand la toile, enfin pansée, retrouve sa place et sur les cimaises du Musée et dans l’histoire de l’art.

N.

“Six siècles de peintures chinoises, œuvres restaurées du musée Cernuschi”, du 20 février au 28 juin 2009, Musée Cernuschi, 7 avenue Vélasquez, 75008 Paris

août
06

 
La collection Barbier-Mueller peut se targuer d’être l’une des plus belles, si ce n’est LA plus belle des collections privées d’arts africains et océaniens. Fruit d’une insatiable passion pour la découverte des imagecultures primitives, cette collection est aussi le résultat d’une dynastie familiale: dès le début du XXème siècle, Josef Mueller, collectionneur genevois d’abord féru de peinture (il possédait dès l’âge de 23 ans des chefs-d’oeuvre de Cézanne, Van Gogh, Picasso ou Juan Gris…), s’initia aux “arts lointains”, précolombiens d’abord, sous la férule du grand marchand d’art Josef Brummer (collection qui constitue le fonds exceptionnel présenté au Musée Barbier-Mueller de Barcelone), puis, influencé par les peintres de Montparnasse dont il achetait les toiles, à “l’art nègre”, qui dès 1905-1910 commença à bouleverser les conceptions esthétiques des artistes européens (initiant notamment la ). Mueller accumulera en 90 ans d’existence une collection sans égale, composée de plus de 2,500 oeuvres dites “primitives”, dont la partie océanienne aura été largement acquise par son beau-fils, Jean-Paul Barbier-Mueller, qui orientera les acquisitions vers la Micronésie, l’Insulinde et les cultures australes.

La muséographie, comme souvent à Jacquemart-André, est superbe et sobre et la mise en lumière fait ressortir toute la puissance évocatrice, esthétique et spirituelle de pièces d’exception. Regroupant les oeuvres par origine géographique, l’exposition ne manque cependant pas de les mettre en résonance et de souligner la spécificité de leurs approches esthétiques respectives. Le “sceptre au cavalier”, créé vers le XIIème siècle, au sein du mythique royaume d’Ifé (actuel Nigeria) présente des traits si délicats, si naturalistes, que l’archéologue allemand Frobenius crut lui-aussi découvrir l’Atlantide de Platon lorsqu’il mit à jour les vestiges de la cité d’Ifé. Les figures-reliquaires Kota, Fang ou Sangu du Gabon affichent des traits minimalistes qui inspireront autant Klee, Ernst, Matisse que Brancusi et semblent intermédier sans façon entre le monde des hommes et la jongle des esprits. Tristan Tzara, membre fondateur du dadaïsme ne s’y trompa guère, lui qui fit l’acquisition d’un masque Beete (peebod) du Gabon (ethnie kwélé) datant du XIXème siècle, masque qui contribua à l’irruption de l’art primitif sur la scène artistique internationale, lors de son exposition au MoMA de New-York en 1935. Visage concave alternant densité du contour noir et blancheur spectrale de l’intérieur, ce masque-chouette s’organise autour d’une symétrie parfaite et inspire le mystère.

                     image

Au fil des vitrines, l’on découvre un masque double de Cote d’Ivoire, des figures féminines Sénufo d’une rare finesse, les délicates arabesques de la sculpture Sarawak d’Indonésie ou les magnétiques “objets-force” du Congo, véritables fétiches à clous, comme extraits d’un envoûtement maléfique, férocement percés d’une infini de clous et représentant des esprits zoomorphes minkisi, qui sont sollicités ainsi pour mener à bien leur mission surnaturelle. En traversant les océans, on découvre la pureté graphique des statuettes polynésiennes et micronésiennes (notamment une figure féminine du XVIIIème siècle issue des Iles Caroline dont le dessin rappelle les années 50), la violence cérémonielle des masques de Nouvelle-Guinée ou du Détroit de Torres et pour finir, la polychromie vitaliste des masques de l’archipel des Iles Bismarck, souvent surmodelés sur des crânes humains et témoignant de la nature hybride (entre rite mortuaire et rite de fertilité) d’une culture intégrant les éléments naturels (coquillages, plumes, feuilles) dans une approche artistique expressive et inquiétante.

Une visite passionnante et souvent déconcertante, comme un miroir brut et originel reflétant nos préoccupations et peurs personnelles contemporaines…                

Cliquez pour écouter un entretien intéressant avec Jean-Paul Barbier-Mueller, relatant sa première confrontation face au “monde sauvage” de l’art primitif.

N

“Afrique / Océanie : les chefs-d’oeuvre de la collection Barbier-Mueller”, du 19 mars au 24 août 2008, Musée Jacquemart-André, 158, Boulevard Haussmann, 75008 Paris

août
06

Une première création en France d’une nouvelle pièce du chorégraphe new-yorkais William Forsythe est toujours un événement, eu égard à la puissance dynamique imageet visuelle de ses propositions scéniques. Architecturées par une grammaire de la danse concassée, explosant les codes classiques et introduisant la notion de pure cinétique dans les compositions, ces oeuvres virtuoses, exceptionnelles, proliférantes s’appuient sur la plasticité hors norme de corps de ballet-athlètes et d’une réappropriation iconoclaste du rapport entre la scène et le public.

La création d’”Heterotopia” (terme médical désignant le déplacement d’un organe de sa place “normale”) hier soir lors du festival Montpellier Danse dans l’enceinte grise du Corum ne pouvait dès lors pas laisser imageindifférent la critique.S’inspirant de textes de Foucault ou de Kafka, Forsythe poursuit son travail de déconstruction des formes et des langages et s’attache à trouver un signe-primaire, tout comme bacon recherche le visage-visage. Une telle entreprise ne pouvait faire l’unanimité et la qu’en fait Rosita Boisseau dans le Monde est symptomatique d’une certaine critique repue de spectacles et de ruptures et finalement désireuse d’un classicisme de bon aloi :

Le Scrabble Forsythe a depuis longtemps perdu toute notion de vocabulaire et de syntaxe. Si certains danseurs peuvent encore ânonner l’alphabet, le reste a rejoint les limbes de la conscience. Après la déconstruction de la danse, dont il ne reste que des corps explosés et grimaçants – Forsythe ne “chorégraphie” plus rien au sens strict -, voilà que la distorsion a gagné les derniers neurones des personnages” écrit Rosita Boisseau, qui estime manifestement que seule la grammaire codifiée a sa place, reniant à Forsythe le droit de prétendre à la “chorégraphie” institutionnelle…

Pour moi qui suis un adepte du et y voit l’une des manifestations les plus puissantes de la chorégraphie de la deuxième moitié du XXème siècle, voilà un jugement qui pourra apparaître comme bien définitif et partisan et aiguillonnera encore plus ma curiosité lorsque “Heterotopia” sera monté à nouveau sur une scène française…

N.

juil
28

Comment raconter un massacre? Et plus qu’un massacre, l’impact brutal et définitif sur la mémoire? René Backman, ex-grand reporter et spécialiste du Moyen-Orient osait imagedire son malaise face au recours à la technique de l’animation pour rendre compte de ce que fut l’expérience de soldats israéliens plongés au sortir de l’adolescence, encore pleins de frustrations, de vitalité et de frayeurs enfantines, dans une guerre sans propos, riches de massacres et mère de tous les cauchemars quotidiens de Cisjordanie, de Tel-Aviv ou d’ailleurs… Comment alors user de l’animation pour raconter les massacres de Sabra et Chatila?

Certes, le cinéma d’animation a depuis longtemps quitté le cercle des enfantillages pour s’imposer dans tous les registres: “Le Tombeau des Lucioles“, “Jin Roh“, “Princesse Mononoke“, “Perfect Blue“, “Persépolis“, “A Scanner Darkly” ne sont que quelques unes des oeuvres d’animation qui ont dépasser leur forme pour questionner l’humain au plus près. Pourtant, toutes ces oeuvres, aussi noires, aussi réalistes soient-elles, étaient oeuvres de fiction ou propos auto-biographique dans le cas de Marjane Satrapi: aucune n’avait véritablement abordé le genre du documentaire d’investigation avec la rigueur et la densité proposées par Ari Folman dans “Valse avec Bachir“. Et derrière l’audace formelle, la somptuosité terrible de cette réalisation épurée, jouant des aplats de couleur, des contre-jours et de contrastes forcés pour faire surgir les personnages d’un contour de crayon (reprenant en cela les techniques mixtes de cut-out et de cell-shading expérimentées dans le jeu vidéo), les inscrivant comme étrangers à eux-mêmes dans un décor de guerre engorgé de soleil, de vergers et de mer.

Valse avec Bachir” a toujours été un documentaire d’animation. L’idée du film me travaillait depuis plusieurs années mais le tourner en images “réelles” ne me convenait pas. Qu’est-ce que cela aurait donné? Un quarantenaire interviewé sur fond noir, racontant des histoires vieilles de 25 ans, sans aucune image d’archives pour illustrer son propos?” explique Ari Folman.

Seule l’animation pouvait donner vie à ce travail vivant de mémoire, le réalisateur partant à la recherche de son propre passé de jeune militaire, investigant les absences de mémoire qui le conduisirent à oublier tout ce qui le rattachait à ces événements. Travail psychanalytique et devoir de mémoire ne pouvaient être retranscrits qu’à travers un médium libéré du poids des images et d’une histoire figée dans la vérité crue et pétrifiante des archives. Grâce à l’exceptionnelle plasticité de l’animation, Ari Folman peut s’affranchir de la pesante réalité et cerner au plus près ce que fut la guerre du Liban pour cette nouvelle génération sacrifiée: affirmation virile de soi, désir de vengeance, de mort, de sexe, désir d’un nouveau départ, comme un voyage exotique et dangereux, … l’onirisme auquel Folman a recours libère sa parole, libère son regard et sa mémoire mais conserve toujours ce rapport direct et terrifiant à la réalité de la guerre: la peur, l’effroi, l’absence d’héroïsme, l’absence de souvenirs car ne pas voir, c’est ne pas savoir. Et la question de la culpabilité, lancinante, terrible au regard de l’histoire d’Israël, imprègne tous les témoignages recueillis par Folman et rouvre, à vif, l’interrogation fondamentale : Sait-on lorsqu’on a vu? Etre témoin, est-ce être coupable?

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Mêlant intelligemment séquences rêvées, reconstitutions et entretiens avec les compagnons de l’époque, Folman suit un protocole psychanalytique précis inspiré autant du “Maus” de Spiegelman (pour l’importance donnée à la parole, au dire, au définir) que de l’”Apocalypse Now” de Coppola (pour la subjectivité de la narration et l’imbrication de la petite musique du quotidien – les tubes radio de l’époque – avec la dramaturgie spectaculaire de la guerre – les ballets d’hélicoptères) et finit par forcer la porte blindée de sa mémoire, venant à bout d’un surmoi traumatique constitué pour pouvoir affronter non l’horreur elle-même (Folman n’aura jamais été qu’un témoin des massacres perpétrés par les phalangistes chrétiens libanais sur la population réfugiée palestinienne) mais les conséquences de l’horreur. La séquence onirique pivot du film – la sortie de l’eau des soldats israéliens, comme une nouvelle naissance, et leur confrontation face au défilé des veuves palestiniennes, avançant tel un choeur grec de pleureuses, atteint un niveau émotionnel rarement ressenti au cinéma et, derrière sa pure beauté plastique, touche à l’universel.

(…) “L’odeur était insoutenable. Les hurlements et les gémissements des femmes hagardes qui erraient dans le camp, à la recherche de leurs maris ou de leurs fils introuvables, leurs regards figés par l’horreur nous accompagnaient partout, comme pour nous faire comprendre que nous arrivions bien tard… Des groupes se formaient autour de nous, des voix pleines de colère ou de chagrin voulaient nous dire l’horreur de ce qui s’était passé et les récits se mêlaient aux cris et aux sanglots au point de devenir inaudibles.” (René Backman, relatant son entrée dans les camps de Sabra et Chatila, deux jours après les faits).

Les derniers plans, quittant l’animation pour faire surgir, obscènes, les images vidéo d’époque, filmés caméra à l’épaule, brutes, directes, sans fard, montrant la mort, le sang, les visages gonflés d’horreur, les cris, les pleurs, les hurlements, et, par-delà la douleur des survivantes, l’indicible et absurde vanité d’un conflit inutile.      

 «Valse avec Bachir» (2008), réalisé par Ari Folman

juil
28

Hasard malencontreux de l’actualité ou raccourci saisissant d’une machinerie sociale détournée en plein vol? Chroniques comparées du 9ème salon Emmaüs, qui s’est tenu dimanche dernier à la Porte de Versailles vs. l’étroit matérialisme du petit monde imagedes traders….

1/ en lui-même est impressionnant. 25 000 visiteurs pour la plus grande braderie d’un jour de France, des articles collectées par les communautés Emmaüs venues de toute l’Europe (France bien sûr, mais aussi des Belges énergiques, des Allemands, des Suisses ou des Anglais écoulant avec bonheur des pièces de porcelaine pour le moins exotique! :-) , une ambiance oscillant entre la frénésie des marchés aux puces et la tranquilité d’une kermesse de campagne…

2/ L’ambiance y est (d)étonnante et troublante, tant l’on perçoit physiquement ce que le terme de “solidarité” signifie ici: nul slogan politique, nulle argumentation vaine ou gesticulation histrionique, mais une solidarité de terrain, vécue au plus près de l’échange, de l’autre, de l’humain, sans préciosité, sans condescendance, juste et simplement solidaire, présente et impliquée.

3/ le public est un mélange hétéroclite et improbable de bobos parisiens, de curieux, de chineurs et surtout de visiteurs en situation sociale délicate trouvant dans le salon une occasion inespérée de pouvoir se procurer des objets utiles et quotidiens au meilleur prix. Preuve par l’exemple qu’il existe une véritable place pour le commerce solidaire, qu’il soit équitable, écologique ou durable…

En quoi ce billet se veut-il donc “ubik“, à savoir un tant soit peu polémique sinon contestataire? Du simple fait de confronter l’actualité du salon Emmaüs à celle d’une certaine France qui se pense du haut quand elle est touche en réalité le fond moral, celle de ses traders rendus ignares d’égocentrisme ou de ces opérations de LBO insensées (28m d’Euros d’effet de levier pour le PDG d’Editis contre 5% d’augmentation des salariés… bon deal…), qui viennent enrichir sans grand risque des patrons d’industrie souvent sans talent… (cf. Patricia Russo qui en coulant Alcatel-Lucent parvient à se faire voter quelques millions complémentaires de stock-options…).

Dieu sait qu’on ne saurait me taxer de sympathie révolutionnaire (question d’âge sans doute) et autres “proudhonnisme” de tout bord… En absolu tocquevillien que je suis :-) , j’analyse le fait démocratique comme étant avant tout celui du primat de la liberté individuelle sur l’égalité collective… et les règles du jeu de l’économie libérale telle que cofidiées par Adam Smith et David Ricardo me sont parfaitement acceptables…

Et pourtant, la simple lecture de la presse, mise en perspective avec l’élan de solidarité, d’énergie, de survie déployé par Emmaüs et les autres ONG et mouvements associatifs, laisse pantois. Lu dans Le Point la semaine dernière, ces traders de la Société Générale imbus d’eux-même, saluant tels de véritables dieux leurs anciens maîtres, ex-patrons du département Dérivés Actions, quittant le navire en plein naufrage, mi-retraités, mi-débarqués, mais pleinement multi-millionnaires, symboles d’une véritable Second Life financière, sans lien aucun avec une économie réelle bien has been pour cette population über-superficielle uniquement fascinée par la couleur de la Maserati qu’ils déposeront le vendredi soir au voiturier du Berkeley avenue Matignon pour fumer un Partagas D4 et se repaître de l’égo de leurs semblables et commentant inlassablement l’état matérialiste de leur petit monde, entre une soirée chez Castel et une virée chez Jaeger-Lecoultre… (histoire vraie et entendue au même restaurant lors d’un dîner professionnel…).

Que dire et que faire surtout, sinon le constat, terrible, glacial, que la machinerie sociale est désormais en roue libre et, par excès ou faute de régulation (c’est là un autre constat fait à la fois par Tocqueville mais aussi par J.M. Keynes, loin de la vulgate interventionniste dérivée de son oeuvre), ne signifie plus rien, au sens où la création de richesse ne participe plus de l’écriture partagée d’une épopée collective, (celle de l’aspiration à l’ascension sociale inscrite dans la génétique de toute génération future depuis le Haut Moyen-Age) mais relève de micro-narrations communautaires qui peinent à franchir le seuil de leur famille d’adoption et à s’inscrire ainsi dans le champ social. On ne peut que saluer le courage (qui me fait défaut aujourd’hui) et l’engagement de ces milliers de bénévoles, qui, au-delà de l’énergie qu’ils y consacrent, tentent au quotidien de renouer le fil de cette histoire commune pour redonner aux plus fragiles une Second Life qui soit, elle, une deuxième chance. C’est peut-être là tout l’enjeu du Revenu de Solidarité Active initié par Martin Hirsch, ancien président d’Emmaüs, au sein du gouvernement Sarkozy. Vaste ambition… surtout mesurée à l’aune des Daniel Bouton de ce monde.

juil
28

Travail de titan que celui accompli par : au bout de plus de quinze ans de recherches acharnées, puisant dans toutes les archives, remontant à toutes les sources, y compris les proches de imagemaître, la chorégraphe et historienne de la danse américaine est parvenue à reconstituer en quasi-intégralité la chorégraphie originale du Sacre du Printemps telle qu’imaginée en 1913 par Vaslav Nijinski. Ce joyau brut, radical, dont la modernité abrupte, presque primitive, avait créé le scandale dans le Paris de l’avant-guerre et s’était vue déprogrammé après seulement huit représentations, avait vu sa chorégraphie longtemps évanouie dans l’ombre de la polémique et sa puissance originelle oubliée, travestie par des mises en scène conventionnelles et prophylactiques. Représentée dans sa forme initiale en 1987 par le Joffrey Ballet à Los Angeles, la chorégraphie de Nijinski est ici interprété par le ballet du Théâtre Mariinski (l’ex-Kirov de l’ére soviétique) à l’occasion des Nuits blanches de Saint-Pétersbourg.

Sous la direction de Valery Gergiev, la chorégraphie de Nikinski retrouve toute sa radicalité et s’affranchit de toutes les figures classiques de la dance (solo, pas de deux, virtuosité technique,…) pour s’approcher au plus près du livret de Stravinski: la renaissance de la Nature à la sortie de l’hiver, la transe des saisons et l’exploration symbolique du couple féminin / masculin. Danse collective donc, danse d’imploration et de célébration et danse des origines avant tout. La mise en scène participe de cet élan primitif en faisant surgir un décor de Nouveau Monde et habillant les danseurs de parure rappelant les tribus indiennes d’Amérique. Nijinski, influencé par l’art de son époque, et particulièrement par la puissance graphique de l’école viennoise de début du XXème siècle, a imaginé une pièce qui reste encore étonnante par son actualité tribale et sa liberté de ton. Comment ne pas penser à l’exceptionnelle Frise Beethoven réalisé par Klimt pour le Pavillon Sécession de Vienne, en découvrant ses figures de groupe mi-spectrales, mi-primitives, déclinant à l’infini leurs pas bruts et langoureux au gré des arythmies de la partition de Stravinski?

On ne pourra que regretter que la direction impeccable de Gergiev ne soit pas toujours servi au mieux par une troupe du Mariinski peinant parfois à respecter les alignements ou la synchronisation des figures. Mais sans doute est-ce le prix à payer pour retrouver le goût aigu des origines…

N

Gergiev à Saint-Pétersbourg, Le Sacre du Printemps. Livret : Igor Stravinski et Alexandre Benois
Chorégraphie : Vaslav Nijinski; Direction musicale : Valéry Gergiev; Réalisation : Denis Caiozzi (France, 2008, 40mn); Coproduction : ARTE France, Bel Air Media. Enregistré au Théâtre Mariinski le 20 juin 2008

juil
28

Dernière née des rubriques récurrentes de votre blog culturel Next Exit Please (qui, merci à vous  tous, a  dépassé cette semaine les 200 visiteurs uniques hebdomadaires, … tout petit imagepas dans le monde du Web mais grand pas pour le petit monde de mes récits :-) , “Camera Obscura” a pour vocation de partager quelques clichés coup de coeur, les miens ou ceux des talentueux amateurs qui ne manqueront pas de se reconnaître dans la communauté!

Next Exit Please étant désormais consulté par quelques galeries d’art (en ligne ou réelles), n’hésitez pas à m’envoyer vos clichés les plus inspirés afin qu’ils alimentent les futures billets “Camera Obscura” et attirent l’oeil des amateurs éclairés et, qui sait, peut être des professionnels.

Pour inaugurer cette nouvelle série (et n’ayant pas peur du ridicule :-) , voici un portfolio urbain cherchant (humblement) à retracer la fugitivité du fait urbain en Asie, entre le monumental vertige des arrogantes tours de cette nouvelle Chine globalisante et la petite musique quotidienne et horizontale de la vie d’en-bas, fourmillante de couleurs, de parfums et de noirceur captées au détour de Tokyo, Bangkok ou Hong Kong.

Cliquez pour accéder au portfolio

Nikkon

juil
27

Dernier ballet en date signé Johnnie To, “Sparrow” est un film de pickpockets déguisé en comédie  musicale, elle-même travestie en farce. Comme souvent, on ne s’attardera guère sur le scénario qui image tient sur l’épaisseur d’une ombrelle chinoise (To reconnaissant lui-même qu’il laisse volontiers l’écriture de ses scénarios à de meilleurs auteurs que lui, à commencer par Yau Nai Hoi, son scénariste attitré, notamment sur “Election 1” et “Election 2” et récemment passé à la réalisation avec le superbe ““) et met en scène une bande  pickpockets virtuoses et gouailleurs menée par le toujours excellent Simon Yam, rapinant avec élégance dans un Hong Kong magnifiquement photographié, jusqu’à ce qu’une jeune et belle Taïwanaise, protégée d’un parrain du crime, ancien roi des pickpockets, les manipule tous les quatre afin d’échapper à l’emprise du vieux malfaiteur. Scénario improbable s’il en est (quoique la pratique de la mise en cage dorée de jeunes Chinoises à Hong Kong soit monnaie courante…) et qui n’est là que pour servir de fil conducteur à un film champagne, pétillant et racé, et dont la réalisation virtuose laisse penser que To nourrit une admiration sans limite pour les grands maîtres de la comédie musicale américaine. Elegance et fluidité, tels semblent être les maîtres mots de Johnnie To : sa caméra, à l’instar du moineau éponyme (“sparrow” signifiant également pickpocket…), virevolte dans les rues de Hong Kong, surplombe les immeubles et laisse découvrir toute une mythologie quotidienne de la mégalopole asiatique, à travers les péripéties loufoques de ses héros. Inventant un personnage de pickpocket tout en décontraction incarné par Simon Yam, To parvient aussi à évoquer la réalité quotidienne évanescente d’une ville en voie de normalisation depuis son retour dans le giron chinois. N’oubliant jamais qu’en 2046, la rétrocession à l’Empire du Milieu sera complète, Johnnie To, tout comme Wong Kar Wai dans son dyptique nostalgique et futuriste “In the Mood for Love” / “2046” se fait mémorialiste et fait aussi de son héros pickpocket un photographe saisissant à cheval sur son vélo tout ce que la ville a à offrir d’insolite, de touchant, d’inattendu, bref de quotidien. Capturant dans son objectif l’âme d’une ville menacée de disparition une fois la toute puissante Chine revenue au pouvoir, Johnnie To, devenu lui-même cinéaste pickpocket, dérobe à son nouveau futur propriétaire quelques instants légers de candeur et de liberté et livre ici une déclaration d’amour nostalgique à une ville de Hong Kong qui craint de bientôt devenir la jeune fille tenue bâillonnée dans la cage dorée du néo-capitalisme du parti communiste chinois…

Johnnie To n’en oublie pas pour autant son éblouissant sens du rythme et de la tension, dans une composition en forme de puzzle qui alterne scènes de groupe cocasses et absurdes (rappelant au passage d’où Quentin Tarantino tire nombre de ses références) et portraits intimistes, dont la mise en lumière velouté et crépusculaire évoque parfois les ambiances de Wong Kar Wai, l’autre grand cinéaste des lieux. S’en échappent quelques très beaux moments de cinéma gracieux et jouissifs, magnifiant le décor offert par Hong Kong (notamment les quartiers populaires de Wan Chai et Sheung Wan) et tirant parti de la géographie unique de la ville, entre toits d’immeubles, rues pentues et passages piétons noyés de pluie dans une scène d’anthologie, digne d’une comédie musicale des Golden Fifties.

C’est dans ce bel équilibre entre la comédie absurde et le déguisement politique que “Sparrow” trouve une forme de grâce cinématographique, véritable objet funambule et “classieux” qui rappelle que le cinéma est cet art polymorphe, capable de transformer une rixe de voyous en un somptueux ballet de parapluies.

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Mention spéciale pour la bande originale très cool & jazzy signée par les Français Xavier Jamaux et Fred Avril, qui accompagne d’un soupçon d’électro et de sonorités traditionnelles une partition parfaitement adaptée à l’ambiance décontractée et pleine de charme de ce polar qui n’en est pas un…

NiTo

“Sparrow” de Johnnie To, scénario de Yau Nai Hoi et Chan Kin Chung, avec Simon Yam, Kelly Lin, Ka Tu Lam Lo Hoi Pang (2008)

juil
27

Konbawa,

Honneur aux grands forgerons du rock, aux artisans du son et aux groupes suffisamment inconscients de leur talent pour livrer des joyaux d’albums puissants et décomplexés chassant sur le territoire des légendes (Led Zeppelin, Black Sabbath, Pink Floyd, The Who, Nirvana, Soundgarden ou Helmet). Un échantillon de puissance brute marquée au sceau de la poussière du désert californien.

- Le (old) single : Kyuss, “One Inch Man” sur l’album “…And the Circus Leaves the Town” (1995)

Historique, tel est le mot… Après deux premiers albums, Kyuss, combo mythique ayant connu des demi-échecs commerciaux, livrait avec cet album la quintessence de imagece qui allait devenir le rock stoner pour les critiques avides d’étiquette. Kesaco, rock stoner? Mélangez : 1) un peu de Black Sabbath saupoudrée de Soundgarden, pour la rythmique lourde, reptilienne et quasi hypnotique, 2) un peu de 70s psychédélique jamais à l’abri d’une expérimentation sonore, 3) la puissance sourde d’un heavy metal préhistorique et 4) le formidable sens de la mélodie de Josh Homme, génial leader de Kyuss et fondateur de Queens of the Stone Age. Ajoutez-y un grain de folie propre au désert californien de Palm Springs et vous obtiendrez un son inouï, stoner parce que “défoncé” (au sens propre et figuré, la consommation de stupéfiants des membres du groupe étant notoire) et incroyablement musical. Bref, un des albums les plus importants des 10 dernières années, pour la simple et bonne raison qu’il a influencé une grande partie de la scène rock et indépendante, à commencer par le “In Utero” de Nirvana, écrit sous très haute influence des hommes du désert.

Josh Homme, une fois Kyuss disparu, ne baissera pas les bras et, à côté de son rôle d’organisateur des célèbres (rassemblant au coeur du désert californien la crème du rock underground américain pour des séances d’improvisations mythiques) lancera un nouveau projet en créant Queens of the Stone Age, groupe ultime appelé à régner sur le rock du nouveau millénaire et livrant notamment trois opus essentiels avec “Rated R” (2000), “Songs for the Deaf” (2003) et “Lullabies to Paralyze” (2006). Cela amènera d’ailleurs Dave Grohl, ancien batteur de Nirvana et leader de Foo Fighters à reprendre sa place derrière les fûts sur “” pour rendre à Kyuss le meilleur hommage qui soit, à savoir livrer l’une des plus époustouflantes performance de batteur du rock récent sur l’album qui consacrait la continuation de l’héritage Kyuss.

Kyuss fait partie de ces groupes mythiques et mal connus et qui, dans l’ombre, ont laissé leur marque sur le rock. Faites vous plaisir, allez à la source trouver l’origine du (gros) Son !!

- Le (new) single : Eagles of Death Metal, “Don’t Speak (I Came to Make a Bang!)” sur l’album “Death by Sexy” (2006)

Cela faisait bien deux ans que j’écoutais en boucle dans ma voiture “Don’t Speak (I Came to Make a Bang!)” des allumés de Eagles of Death Metal. Nom stupide s’il en est et qui pourrait faire croire aux imagenéophytes que nous avons affaire ici à l’un de ces groupes de hurleurs scandinaves adeptes d’un heavy metal extrême et vociférateur…. Que nenni !! puisque le nom trompeur du groupe vient d’une discussion arrosée entre le barré Jesse “The Devil” Hughes, fondateur du groupe et Josh “Baby Duck” Homme, songwriter et leader sus-cité de   (hé oui, toujours lui, cet homme est partout et joue, participe, produit ou influence tout ce qui se fait d’important sur la planète rock US). Ce dernier aurait comparé le groupe Vader aux “Eagles” (faisant référence aux auteurs du standard “Hotel California”) du Death Metal. Homme aurait ensuite proposé à son compère de mettre en musique cette rencontre surréaliste entre le Death Metal et le rock FM californien. Bref, deux ans donc que cet album tournait sur mon iPod et accompagnait mes trajets matinaux sur l’A6… quand, une fois encore, des publicitaires zélés se sont emparés du single “Don’t Speak” pour en faire une énième musique de pub…

Reconnaissons toutefois que le clip en question, réalisée pour le compte de Nike par Guy Ritchie (accessoirement Monsieur Madonna et réalisateur de son état) fait plutôt partie du haut du panier publicitaire et relate l’ascension d’un jeune footballeur hollandais (aka. Robin Van Persie pour les initiés) de son recrutement par Arsenal dans son club de junior  jusqu’à sa sélection en équipe nationale avec les Oranje… Fascinating, isn’t it ? Toujours est il que ce (long) clip se voit tranfiguré par la puissance festive de la bande originale signée Eagles of Death Metal donc… Puisqu’il semblerait que je devance les publicitaires dans leur sélection musicale, je fais le pari que le prochain single chronique sur Next Exit Please à devenir musique de pub sera “The French Open” de Foals… Qui tient les paris? :-)

Sayonara,

Nirock of Death Metal