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« Planet Terror » ou la revanche de l’Enfance

Roberto Rodriguez et Quentin Tarantino aiment le cinéma. Comme les gamins aiment les Chocobons, les ours à la guimauve et les fraises Tagada. En sachant que c’est mauvais pour la santé, que ça colle aux dents, que la gourmandise est un vilain défaut et que, passées les premières bouchées, c’est vite écoeurant. Mais, affichant, en dépit d’un visage barbouillé et de mains poisseuses, un sourire de premier communiant aux poches pleines de pétards…. "Planet Terror", c’est la revanche du cinéma, c’est à dire la revanche du regard de l’enfance sur une industrie, un format et une façon de faire. "Planet Terror", c’est la liberté du libre renard dans le libre poulailler des images.

Moins bavard et (étrangement) moins sombre et inquiétant que l’OVNI "Deathproof" signé Quentin, "Planet Terror" est plus qu’un hommage débridé aux séries Z et à cet ère Grindhouse affichant ses irrésistibles effets de style (pelllicule rayée, son pourri et désynchronisé, bobines de scènes chaudes absentes, comme dérobées par un machiniste érotomane…), de même que "Jackie Brown" ne saurait se limiter à une réinterprétation brillante des films Blaxploitation. On retrouve certes ici les basiques du genre – zombies, jolies filles, motos, enfin, disons plutôt mini-motos ;-), guns and chili con carne – mais on ne cherchera nul propos scénaristique dans cet assaut d’une ville redneck par un virus comploteur transformant une population texane en zombies cannibales et les tentatives d’y voir une parabole d’une Amérique moyenne en état de siège terroriste à l’aube du XXIème siècle resteraient bien vaines. A choisir, on retiendra plutôt que ces deux films réalisés en échos célèbrent à leur manière la revanche de la femme américaine sur des mâles peu triomphants, soit la transition sociologique fondatrice entre les annés 60 et 70.

"Planet Terror" c’est avant tout une déclaration généreuse et inquiète d’amour au cinéma, donc à la mise en scène donc à la manière d’assembler des images non pas tant pour raconter une histoire que susciter un élan spontané (joie, rire ou dégoût face à ces explosions viscérales et autres "walking deads" dégoulinants de pustules… :-), une émotion à partager ensemble dans une salle obscure. D’une certaine façon, Rodriguez et Tarantino empruntent autant au cirque (l’acrobate va-t-il tomber ?? la cascadeuse va-t-elle de faire écraser par un bolide roulant à 120 mph ??) qu’à la Comedia Dell’Arte (Rose Mc Gowan en Colombine trash, Freddy Rodriguez en Arlequin quasi-muet) et aux grandes épopées rédigées à coup de barils de Lego (créez vos personnages en mélangeant les pièces et vous obtiendrez vous aussi une femme fatale unijambiste trottinant sur un "machine gun"!!). En un mot, les deux cinéastes sont avant tout fidèles à cet esprit farouchement enfantin, qui sait transformer un vilain dessin Crayola en bataille inter-galactique, un amoncellement de bouts de carton en garnison militaire et n’importe quelle dinette en expérience culinaire miraculeuse.

Car c’est bien ce dont il s’agit dans "Planet Terror", l’éloge d’un regard libre sur le cinéma, la peur du noir et des monstres et les héros vaguement tragiques. Bien sûr, c’est formellement enthousiasmant et on y retrouve ce sens du "cut" et du rythme propre aux productions des années 70 et passe du gore au rire en l’espace d’un champ / contrechamp. Mais avant tout, il s’en dégage une liberté dévorante, qui autorise toutes les envies et tous les excès et parvient à faire passer l’absence de fond grâce à une énergie permanente. C’est débridé, parfois maladroit comme un match de poussins, mais le regard que les deux compères portent sur le cinéma redonne vie aux plaisirs simples et ont le goût précieux d’une aventure Playmobil.

Sans prétention, sans propos : du cinéma pur, évadé d’un jardin d’enfants, rappelant même par instant les derniers films des derniers grands sages (le "Rêves" de Kurosawa, le "Conte d’Eté" de Rohmer ou le "Voyage de Chihiro" de Miyazaki).

http://www.grindhousemovie.net

***n//co

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