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Ex/po ! – Edward Steichen – « Une Epopée Photographique »

La Galerie du Jeu de Paume à Paris présente la première rétrospective européenne consacrée à Edward Steichen. Exposition d’ampleur, puisqu’elle réunit sur plus de deux étages une impressionnante collection de clichés du photographe américain d’origine luxembourgeoise, mais exposition quelque peu stakhanoviste de par sa longueur, son accrochage et son implantation alambiquée, qui oblige les visiteurs à se frayer un chemin parmi la foule pour observer les oeuvres exposées.

Artiste libre, Steichen ne conçut jamais la photographie comme un art monolithique destiné à représenter le réel ou à en tirer une quelconque vérité brute. Explorateur de tous les styles, brisant volontairement les frontières entre peinture, photographie et illustration publicitaire, Steichen a passionnément produit des images, sans hiérarchisation esthétique particulière, allant jusqu’à concevoir en 1953 une exposition fondamentale, "The Family of Man", inscrite aujourd’hui au patrimoine de l’Unesco et qui lors d’une tournée mondiale, attira plus de 9 millions de spectateurs de visiteurs en brossant un portrait multiple de l’humanité.

Venu à la photographie sous l’influence des impressionnistes, Steichen commence à photographier son entourage et la campagne du Michigan à l’âge de 16 ans en 1895. Ambiances symbolistes proches de Whistler ou Redon comme dans The Pond – Moonlight, travail sur la lumière et la matière photographique, abus des clairs-obscurs : il pose les bases d’une ambition qu’il partagera pendant les années de la revue Camera Work avec l’autre grand fondateur de la photographie américaine, Alfred Stieglietz, celle de faire se transformer une technique en art et de l’imposer auprès des autres disciplines classiques. Véritable trait d’union entre la vieille Europe et l’Amérique, Steichen n’aura de cesse d’expérimenter la majesté des images et de passer de la représentation picturaliste aux compositions d’architecture monumentale, de l’avant-garde à l’imagerie profane, véhicule publicitaire d’une certaine "American Way of Life", de l’utilitarisme militaire des prises de vues aériennes des champs de bataille à l’esthétique pure et géométrique de la botanique.

Mais la grande affaire de Steichen, c’est le portrait, tant et si bien qu’il fut de bon ton d’être "steichenized" dans le New York de l’après-guerre. Tout ce que l’Amérique et l’Europe purent compter de célébrités, de nomades, de demi-mondaines pomponées et de starlettes éphémères (Gloria Swanson) passa devant son objectif, figés dans le brillant glacis des tirages gélatino-argentines. Inaugurée en photographiant sa soeur, cette passion du portrait se verra reconnue par le milieu artistique grâce à un autre grand saisisseur de posture, Auguste Rodin. Venu d’Amérique dans le  but avoué de rencontrer le sculpteur découvert dans son Milwaukee d’adoption, Steichen ne se démonta pas et parvient à immortaliser le maître et ses oeuvres (Le Penseur, La statue de Balzac, …) dans un XXème siècle naissant et ira même jusqu’à oser les premiers montages artistiques, opposant dans une composition audacieuse, l’ombre chinoise de Rodin et son oeuvre maîtresse.

Cette passion du regard porté sur les autres, si possible célèbres ou captivant(e)s, le mena à saisir le portrait des personnalités d’un siècle où l’image était encore neuve et l’art du portrait encore inscrit dans l’ombre de la toile. Jaurès, Strauss, Henri Matisse, Brancusi, Garbo, Lee Miller, H.G. Wells, Roosevelt, … c’est une véritable comédie humaine du XXème siècle qui traverse en parade l’oeuvre de Steichen. Choyé par l’éditeur Condé Nast en tant que rédacteur photographique en chef, des publications comme Vanity Fair et Vogue (tant pour leurs photos people que pour leurs clichés de mode) imposeront Steichen auprès du grand public, l’éloignant par là-même de la reconnaissance artistique de ses pairs, choqués de sa libérale capacité à servir l’industrie publicitaire, royaume de l’objet et de l’image facile.

Le style Steichen ne se laisse pour autant par si facilement dompter et certains portraits, traités de manière brute et très directe, quasiment sans pose et sans artifice, rappelle par instant Walker Evans ou Robert Franck. Loin de n’être qu’un illustrateur et portraitiste brillant mais vain ou un peintre refoulé doté d’une parfaite technique photographique, Steichen est aussi un oeil d’une étonnante modernité, sachant jongler avec les styles et d’un cliché, réinventer un lieu, une idée, une structure, comme dans cette tentaculaire vue du Brooklyn Bridge, où le sujet s’estompe derrière l’audace et la dynamique de la composition graphique.

Artiste caméléon, loin des mouvements et des certitudes, Steichen continuera toute sa vie à se faire l’avocat de l’expérimentation et de la diversité, notamment lorsqu’il deviendra en 1947 directeur du département de photographie du Museum of Modern Art de New York. C’est au MOMA qu’il présentera en 1953 l’exposition « The Family of Man », rassemblant 273 photographes, aujourd’hui au patrimoine de l’Unesco et première exposition à afficher une telle ambition : celle de retracer l’épopée humaine à hauteur de caméra et de faire du média photographique tant une collection moderne d’ethnologie qu’une expérience artistique de la différence des regards et de la nécessaire diversification des points de vue. Modèle de parti-pris humaniste, "The Family of Man" réconciliera finalement Steichen avec la critique : en imposant la photographie comme un art majeur, ayant su composer sa propre grammaire et se faire le porte-parole d’un monde transformé où l’homme et l’objet se retrouvent face à face dans cette nouvelle société de la consommation de l’image.

Pied de nez somme toute ludique pour un artiste inclassable, aujourd’hui auteur du cliché le plus cher au monde ($2,9m pour le très pictorialiste The Pond – Moonlight).

Jusqu’au 30 décembre au Jeu de paume. Catalogue édité par Le Jeu de Paume et The Foundation for the Exhibition of Photography. www.jeudepaume.org

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