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« Filatures »: dans le labyrinthe

Rhaaa, yes!! La simple annonce que Yau Nai Hoi, le scénariste attitré de Johnnie To, maître es-polar made in Hong Kong, passait enfin à la réalisation pouvait donner envie de passer son dimanche dans les salles obscures. Ajoutez-y un casting impeccable (la star Tony Leung Ka Fai, qui imposait déjà sa présence dans le sublime Election 1, réalisé par… Johnnie To… et scénarisé par… Yau Nai Hoi 🙂 ou Simon Yam, présent lui aussi dans Election 1 et 2 ou The Mission) et voilà un bon dimanche après-midi qui s’annonce!

Sans surprise, on se retrouve dans un univers ultra-urbain, filmé en caméra portée et s’inspirant largement des principes de mise en scène des cinéastes de Hong Kong (Woo, To, Lau, Lee and co…): zoom avant, travelling panoramique, cut-scenes, slow motion, … toute la panoplie du polar hong-kongais est assimilée avec une belle fluidité par Hoi dans une mise en scène qui fait la part belle à Hong Kong et au district de Kowloon. Pour ceux qui ont la chance de connaître la ville, le film sera un véritable bonheur visuel, en utilisant tout ce qu’elle propose d’obstacles, de hauteurs, de planques, de tunnels pour la transformer en un labyrinthe vivant. Et ce sont les frontières mouvantes de ce labyrinthe urbain qui dessinent les cases de l’échiquier dans lequel traqueurs et traqués, police et truands s’évaluent, se croisent et au détour d’une caméra, échangent leurs rôles. En faisant de la filature des yakusas la trame du scenario, plutôt qu’une énième enquête ou opposition frontale, Yau Nai Hoi déplace le débat et la narration. Il ne s’agit plus de collision, mais d’évitement, plus de puissance mais d’agilité, plus de combat de tranchés mais de chasse à distance. Orchestré comme un ballet mystérieux dans lequel personne n’est ce qu’il semble être, Hoi organise une chorégraphie subtile où le quotidien devient la meilleure protection et l’effacement de soi la première des qualités.

Calibré comme un gun-fight, aérien comme un ballet, "Filatures" (libre traduction du titre original "Eye in the Sky") ne contient que le strict nécessaire exposé en 90 minutes (pratique dont nombre de cinéastes feraient bien de s’inspirer): un récit qui commence in media res, une belle densité narrative, une photographie de grande qualité et une réelle approche psychologique qui vous donnerait presque envie de voir la morale bafouée… et pour ne rien gâcher, un magnifique duo d’acteurs (Leung / Yam) bien secondé par un duo d’actrices (la directrice du département et la jeune apprentie) jouant sur une belle opposition de féminité. Bref, un vrai moment de cinéma, qui, comme "Infernal Affairs" à sa sortie, risque d’inspirer bien des blockbusters américains. Rappelons-nous d’ailleurs que Scorcese lui-même avait décalqué quasiment plan à plan et avec son talent coutumier le dit "Infernal Affairs" en réalisant "The Departed" – "Les Infiltrés" en 2007.

Amateurs de polars, plus une minute à perdre, vous savez où aller cette semaine!

Nik-kong

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