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Ubik : une époque (virtuelle) formidable #2

Je m’étais fait écho dans mon dernier post "Ubik" de ces belles initiatives exploitant toute la puissance de notre nouveau monde numérique : vente de nourrissons en ligne, ex-voto virtuels mais aussi charité digitale… imposant Internet comme lentille grossissante des vices et vertus de notre univers quotidien.

L’actualité aidant et nos humains de compatriotes n’étant jamais en mal d’imagination pour mettre bas de nouvelles idioties, voici une nouvelle sélection propre à alimenter quelques coups de gueule numériques 😮 !

Note2be.com : l’apogée de l’apocalyse post-soixante huitarde…

Je suis contre, radicalement contre le site Note2be.com qui se propose de permettre aux élèves de noter les enseignants. Je me doute que ce "contre" ne manquera pas de faire sourire ceux qui connaissent mes positions néo-tocquevilliennes et un rien "3ème République" sur l’éducation nationale…

Qu’on ne s’y trompe pas! Si je suis contre ce site et cette logorrhée numérique contemporaine qui vise à transformer l’extraordinaire outil de partage et de participation qu’est Internet en une brinquebalante maison des horreurs et stupidités adolescentes, c’est bien parce que je suis convaincu de l’absolue nécessité d’évaluer précisément les enseignants et d’ouvrir l’école sur autre chose que la salle des profs et les réunions du SNES-FSU, SGEN-CFDT, SE-UNSA et Snalc-CSEN… (qu’on me pardonne si j’ai oublié quelques organisations syndicales remarquables par leur progressisme). Le si contesté rapport Attali (ah, la belle légitimité de l’expert contre la démocratie représentative, s’offusque mon tocquevillien de cerveau…) a sur ce point au moins émis un constat juste : “l’évaluation des professeurs ne peut pas reposer uniquement sur les notes qu’obtiennent leurs meilleurs élèves ni sur l’examen d’inspecteurs (…)." En revanche, la conclusion que l’éminent Dr Attali en tire laisse songeur : "Elle doit aussi reposer sur une évaluation de leur pédagogie par leurs élèves”.

A une époque où 15% (au moins) des élèves entrant au collège ne savent pas lire, où la maîtrise de la langue française écrite est stratégique, justement du fait de l’émergence d’une culture tout numérique, où l’écrit, via l’omniprésence de l’email dans les entreprises devient discriminant, où la capacité de rédaction et de réflexion se résume de plus en plus à un gloubiboulga difforme de sous-langage SMS mâtiné d’analyses de comptoir sous forme de « c naze », « trop la tehon » ou encore d’un tonitruant « connard » proféré par un imbécile de 11 ans à son professeur comme largement commenté récemment dans les média (la gifle en question méritant à mon sens les palmes académiques), en cette époque formidable donc, ne devrait-on pas plutôt se préoccuper d’apprendre à ces enfants/adolescents devenus rois d’un royaume consumériste de pacotille à lire, écrire et compter correctement, et, avec un peu d’ambition, de formuler une opinion argumentée avec rigueur et élégance? [fin de mon quart d’heure hussard réactionnaire].

Mais c’était sans compter sur Dr Attali et Mr Soixante-Huitard… Sous couvert de démocratie 2.0, de liberté d’expression et de cette si désirable participation des élèves, les concepteurs du site note2be.com, Anne-François de Lastic et Stéphane Cola exposent leur profession de foi avec une mauvaise foi qui donnerait presque envie de relire la Pravda… Je cite : “Les critères de notation sont strictement liés à la pédagogie”, sans “aucun jugement de valeur sur les professeurs”. Il n’était ” pas question d’opposer professeurs et élèves, mais de donner la parole à tous afin d’améliorer le système éducatif français. Avec note2be.com, l’élève ne subit plus, il s’exprime. La relation professeur élève peut ainsi s’établir sur une base plus égalitaire.

Je reste naturellement sans voix: l’école n’est pas (ou n’est plus depuis l’Ecole de Platon dans l’Athènes du 4ème siècle avant JC) un lieu de participation, mais un lieu de construction. Ce n’est pas un lieu d’égalité, mais un lieu où l’on apprend ce qu’est l’égalité. Ce n’est pas une démocratie, mais le creuset où se forge la citoyenneté et où l’on inculque le ferment démocratique. Bref, l’école est un lieu où l’élève doit, avant de s’exprimer, apprendre à dire, donc apprendre à lire, écrire, compter…

On notera d’ailleurs que dès la page d’accueil du site, les vœux pieux de nos Che Guevara virtuels partaient en fumée avec un slogan sans ambiguïté : “Prends le pouvoir, note tes profs !” et la floraison de bannières publicitaires pour Lastminute.com ou une location au ski… Ainsi, nos preux chevaliers blancs seraient en fait de mercantiles soixante-huitards reconvertis au numérique?? No kidding !!

La révision des méthodes d’évaluation des enseignants est fondamentale mais ce n’est sûrement pas en laissant à ces enfants-rois, qui-n’ont-jamais-tort, qui-sont-les-plus-beaux et qui-sont-si-sensibles de pallier aux lacunes de l’institution.

– Oui, les enseignants doivent pouvoir être évalués par d’autres instances que l’inspecteur d’académie et le proviseur, et comme d’autres corporations, pouvoir continuer à se former tout au long de leur carrière, et pas uniquement en IUFM où la corporation parle à la corporation.
– Oui, les enseignants ne doivent pas perdre le goût de la remise en cause permanente et non, la simple confrontation à des adolescents dissipés et frondeurs ne peut suffire à garantir cette prise de recul.
– Oui, l’enseignement doit s’ouvrir au monde extérieur, particulièrement à celui de l’entreprise, et privilégier le travail d’équipe, favoriser l’émergence d’une intelligence de groupe qui fait tant défaut dans notre contrée si individualiste et s’appuyer pédagogiquement sur ce que sera l’environnement de travail de la plupart de ces élèves dans le futur, à savoir un environnement numérique requérant une réelle dextérité dans la maîtrise des outils mais aussi le recul nécessaire à leur bon usage
– Oui, l’institution doit cesser de produire par défaut des générations de diplomés de DEUG d’histoire, de sociologie ou d’anthropologie marine sous prétexte qu’il faut laisser ces chères têtes blondes s’exprimer et se vautrer dans des passions menant tout droit dans les agences d’intérim.

L’institution scolaire est en crise, non parce que les enseignants y sont insuffisamment ou mal évalués, mais parce que les parents se défaussent de leur autorité parentale et de leur responsabilité éducative sur l’école. L’école est un lieu de socialisation, donc de règles, de contraintes, de soumission à une construction sociale qui fait émerger le fait démocratique, mais en aucun cas, le lieu du développement du bien-être de l’enfant. Le bien-être, l’épanouissement sont le domaine réservé et régalien de parents, mais peut-être est-ce difficile à entendre en ces temps de divorces express, de droit aux week-ends et d’obligation au bonheur…?

Quitte à faire évaluer les enseignants par les enfants, ne devrait-on pas faire évaluer les parents par leur progéniture ou mieux encore, instituer un permis enfant, pour garantir que tous ces parents putatifs soient à la hauteur de l’ambition démocratique ? Avant d’en arriver à ces mesures que d’aucuns pourraient juger trop participatives ou web 2.0, ne pourrait-on pas faire de l’école un lieu d’exigence et commencer par ré-instituer, ô mesure combien totalitaire, un tant soit peu de ferme et juste sélection à l’entrée en 6ème, au Lycée et à l’Université ?

Bon, allez, je retourne, un peu désespéré, à Tocqueville et Rousseau…

ContreNote2be.com : combattre le web par le web

De même qu’il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a plus de blog sans anti-blog. Notons que les enseignants, tout autant connectés que leurs élèves, se sont empressés, pour lutter contre cet incendie numérique, de lever le vent de la révolte participative en créant leur propre blog anti note2be.com (http://contrenote2be.unblog.fr/). On appréciera l’ironie de l’initiative, qui montre, une fois de plus, que l’information est circulaire et que le dernier qui a parlé dans l’espace médiatique aura raison.

N

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Une Réponse to “Ubik : une époque (virtuelle) formidable #2”

  1. Entièrement d\’accord…. etje pense que ma chère et tendre serait également en phase.
    Reste le problème des critères d\’évaluation et la nature des instances d\’évaluation.
    Sinon, j\’attends un billet du même goût sur l\’affaire des petits fantômes juifs…
    ++


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