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"Rashômon" (1950) : par-delà la Porte des Démons

Près de Kyoto au 11ème siècle. Sous la porte d’un temple en ruines, trois hommes images’abritent de la pluie et relatent le procès d’un célèbre bandit accusé d’avoir assassiné un samouraï et déshonoré sa femme. L’histoire devrait être simple mais les dépositions des témoins apportent chacune une version différente du drame…

En adaptant deux nouvelles de Ryùnosuke Akutagawa (« Rashomon » – 1915 et « Dans le Fourré » – 1921), Akira Kurosawa laissait le champ libre à tout son talent et entrait magistralement dans le paysage du cinéma international. Comme Citizen Kane, Rashômon présente une modernité éclatante, tant par sa narration que par son audace formelle et démontre une maîtrise achevée – parfois aveuglante – de la mise en scène et du cadrage.

En déstructurant le récit et en mulpliant les points de vue et les focales, Kurosawa retranscrit à merveille le récit original et parvient à en magnifier la puissance littéraire (notamment dans la scène du témoignage du fantôme, d’une étonnante puissance évocatrice). Labyrinthique et mise en abîme, la caméra explore le rapport complexe et ambigu entre narration et subjectivité des images et oppose plans fixes et plans séquences, pour mieux révéler, telle une camera obscura, la terrible épreuve photographique de la nature humaine.

Cinéaste profondément humaniste en dépit de la noirceur apparente de son propos cinématographique, Kurosawa livre l’une de ses oeuvres les plus pessimistes. Recherchant comme souvent un contrepoint optimiste dans les caractères secondaires (cf. La Forteresse cachée et les personnages des deux paysans peureux), il le trouve ici dans le regard extérieur porté sur l’histoire par les narrateurs. Mais, en dépit de cette mise en abîme, la forêt reste épaisse, dans laquelle un meurtre a été commis, et les images ne cesseront de mentir et le mystère de demeurer.

Véritable leçon de cinéma, le film de Kurosawa porte l’art du cadrage et du champ / contre-champ à un imageniveau de perfection inégalée (cf. la longue scène d’introduction scène, lorsque les 3 hommes se retrouvent sous la porte des démons, alors que la pluie tombe sans discontinuer), perfection que les films suivants entretiendront jusqu’à la double apothéose Kagemusha / Ran. Les plans serrés sur les visages, la mise en scène de l’ombre et la lumière comme métaphore de l’hésitation entre mensonge et vérité ne sont que quelques-uns des accomplissements esthétiques d’un film dont la densité laisse rêveur.

Sans parler de la qualité de la direction d’acteurs et de la performance hors norme de Toshiro Mifune, sombre et viril (et premier sommet d’une longue série de collaborations avec le cinéaste) et de Machiko Kyo, gracieuse et désinvolte.

Chef d’oeuvre mystérieux, Rashômon (littéralement, « la Porte des Démons ») ne livre jamais tous ses secrets et ne cesse d’ouvrir de nouvelles perspectives au coeur des ténèbres.

nikko-san

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