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"Control" (2007) : "Too frail to wake this time"

Réalisé par le photographe néérlandais Anton Corbijn, « Control » retrace la vie d’Ian Curtis, chanteur du imagegroupe de cold wave Joy Division, de la découverte de sa vocation musicale en 1976, lors d’un concert des Sex Pistols, à sa fin tragique, survenue juste avant d’amorcer une tournée annoncée comme triomphale aux Etats-Unis.

Oeuvre remarquable sur le plan formel (avec une photo noir et blanc terriblement séduisante et capable de rendre glamour l’Angleterre industrielle des années 70), « Control » est aussi un récit personnel et intimiste, très éloigné des biopics holywoodiens et empreint d’un regard original, porté à hauteur d’homme sur l’époque, la création, le couple et le destin.

Corbijn centre le récit sur l’homme plutôt que sur l’artiste, sur ses errances plutôt que sur sa légende, sur la brutalité des concerts plutôt que sur l’iconisation de sa musique et livre, aidé par la performance exceptionnelle de Sam Riley dans le rôle de Curtis, une oeuvre sensible et hypnotique, proche du « Last Days » de Gus Van Sant.

18 mai 1980. Après deux tentatives de suicide avortées, Ian Curtis se pend à 23 ans dans la cuisine imaged’une modeste maison en brique de Macclesfield. Fin de l’histoire. Quant à savoir si c’est une gloire naissante déjà trop pesante, sa mélancolie naturelle, sa valse hésitation entre deux femmes, son mariage trop précoce, ou simplement le mal de l’époque, ce spleen tchatchérien oppressant sur fond de délinquescence ouvrière qui ont eu raison de lui, peu importe et Anton Corbijn a l’intelligence de ne pas s’en soucier. Perdu dans un labyrinthe de contradictions, Curtis ne vit et ne meurt que sur scène, lors de prestations incandescentes, transcendées dans le film par les ré-interprétations live de Sam Riley (lui-même chanteur dans un groupe de rock) et ses compères. Ces scènes de concert sont d’ailleurs l’une des grandes forces du film et illustrent le conflit permanent qui ronge Ian Curtis de l’intérieur.

Père de famille rangé et chanteur charismatique, époux épris de sa femme et amant dévoré par la réalité de la trahison, il se trouve pris au centre d’un lent maelström imagequi finira par lui faire perdre contrôle, comme annoncé dans « She’s Lost Control »

« And walked upon the edge of no escape
And laughed I’ve lost control again
 »

Spectateur de sa propre existence, Curtis ne semble reprendre pied qu’à l’issue de terribles crises d’épilepsie qui le laissent brisé sur scène. Loin des frasques sex, drugs and rock n’ roll, Curtis introduisit dans le rock contemporain une exigence esthétique froide et décharnée (Transmission, Disorder, Leaders of Men, Atmosphere) et un romantisme ténébreux (Dead Souls, Love Will Tear Us Apart), qui, 30 ans après, sont ouvertement revendiqués par la nouvelle vague new-yorkaise (Interpol, The Rapture, …).

Un film beau, lent et puissant, qui incite à se replonger dans les deux albums du groupe, Unknown Pleasures et Closer, uniques chefs d’oeuvre de Joy Division, avant que les survivants ne créent New Order et continuent l’aventure pour faire émerger des ruines du rock de nouvelles inspirations électroniques.

Unknown PleasuresCloser

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