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"Be Kind, Rewind" : le doux parfum du bricolage

Michel Gondry aime les objets inutiles, ces objets mis au rebut par un siècle qui ne cesse de tourner sur lui-même et rejette par la même occasion avec la même vélocité dont il les avait étreint ses amours imaged’antan. « Be Kind,  Rewind » (malheureusement traduit en « Soyez sympas, rembobinez »…) fait l’éloge d’un de ces produits aujourd’hui disparus et pourtant jadis adulés : la cassette vidéo. Cette bonne vieille K7, avec ses bandes si fragiles, ces étiquettes qui se décollent et cette détestable habitude de devoir être rembobinée pour être regardée… A y regarder de plus près, la cassette vidéo est un trésor paléontologique pour la société contemporaine, si prompte à recherche la minceur, l’immatériel, l’immédiateté. Quoi de plus années 80, de pré-internet, bref, de reaganien que la cassette vidéo? Un bon gros bloc de plastique bon marché, occupant sans crainte l’espace vide de nos étagères, un bien périssable et physiquement là, terriblement là, immanquable dans sa grossièreté existentielle, un produit anti-numérique, incommode, malhabile, monolithique et même pas fichu de proposer de la VO ou des sous-titrages… Autant dire, un mauvais souvenir. Mais pour Michel Gondry, c’est avant tout le goût de l’enfance, et on le devine, la découverte du cinéma, l’enthousiasme d’adolescent découvrant « Gremlins » dans le salon de la maison familiale de Versailles… c’est surtout un objet magique, car désuet;poétique, car désormais dénué de toute valeur; cinématographique car première médiation technologique ayant permis de se repasser encore et encore les meilleurs scènes de « Manhattan » ou des « Aventuriers de l’Arche Perdue« .

Et c’est encore une fois en usant du même artifice scénaristique (l’effacement de la mémoire amoureuse dans « Eternal Sunshine of the Spotless Mind« , l’effacement de la mémoire cinématographique des années 70 et 80 ici, soit comme une vaste perte collective de repères) que Michel Gondry génère une nouvelle fantaisie burlesque. Après avoir découvert que la totalité des cassettes vidéo du vidéo club dont ils ont temporairement la charge ont été accidentellement effacées, suite à une expédition sabotage de centrale électrique qui a mal tourné (oui, je sais, c’est étrange :-)), Mike (Mos Def, impeccable) et Jerry (Jack Black, hallucinatoire comme souvent) décident pour sauver l’affaire du vieux Mr Fletcher (Danny Glover) de littéralement tourner avec les moyens du bord (soit une caméra VHS et tout ce qui leur tombe sous la main) de nouvelles versions dites « suédées » de classique des années 80. Et d’inventer ainsi un art bricolé du remix, évoluant au bon gré du souvenir imparfait qu’ont du film les néo-acteurs / réalisateurs / producteurs.

De Ghostbuster  au Roi Lion, en passant par 2001, Robocop, Carrie ou When we were kings, les compères ré-inventent en 20 minutes chrono les films que viennent louer les habitants du quartier. Réalisations abracadabrantesques, effets spéciaux en carton, interprétations à la truelle, les deux amis, bientôt rejoints par leurs clients, deviennent bientôt les fournisseurs officiels de remakes collectors plus précieux que les originaux. Hommage du cinéaste aux vidéo clubs de quartier, aux cinéastes amateurs et au cinéma tout court, « Be Kind, Rewind »  s’aventure aussi discrètement vers la comédie sociale, situant l’action dans un trou perdu du New Jersey, où le marasme économique, la concurrence des grandes chaînes, l’avidité des majors et les plans de restructuration urbaine font fit de la poétique approximative de nos héros vidéo-amateurs. Joyeusement foutraque, d’une inventivité continue et ouvertement naïf, « Be Kind, Rewind » est l’un de ces films coup de coeur, dont l’humilité et la générosité du propos font ressortir de la salle plus léger.

Michel Gondry, tout comme dans « Eternal Sunshine of the Spotless Mind », montre qu’il n’est pas qu’un génial bricoleur, d’un générateur sans fin de métaphores visuelles inattendues et pleines d’humour, probables héritages de son passé de réalisateur de vidéoclip mais surtout un cinéaste humaniste, portant un regard naïf et généreux sur le petit monde qui l’entoure, sur ceux qui préfèrent le « fait maison » plutôt que le « made in China » et qui voient dans ce bricolage permanent comme un supplément d’âme. En ce sens, Gondry ne dit rien d’autre que ce que racontait déjà Capra, la cassette vidéo en plus 🙂

NiKind

« Be Kind, Rewind (Soyez sympas, rembobinez) » de Michel Gondry (2008). Avec Mos Def, Jack Black, Danny Glover, Mia Farrow, …

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