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Bulle #2 – L’aventure avec un grand B(lain)

Pour cette deuxième note dédiée à la BD, j’avais envie de célébrer le goût du voyage et de l’aventure et un talent graphique et narratif hors norme, celui de Christophe Blain. L’aventure avec un grand Blain donc… 😉

– « Le Réducteur de Vitesse » – Christophe Blain, Editions Dupuis, Collection Aire Libre

Ce qui différencie la « nouvelle bande dessinée » (je mets des guillements, car comme le « nouveau image roman », l’expression inventée par des journalistes en mal de sensation laisse entrevoir une cohérence et une homogénéité complètement fictives, tant les démarches d’auteurs aussi différents que Blain, Sfar, Trondheim, Guibert, David B., Rabaté ou Dupuy / Berberian sont avant tout personnelles et peu réductibles à une simple étiquette), ce qui la différencie donc de la BD disons « populaire », c’est avant tout la focalisation sur la narration. Pas d’effet spectaculaire dans les cadrages, pas de penchant vers la mise en scène cinématographique, pas de scénarios pleins de héros à la psychologie aussi épaisse d’un roman de Beigbeder, non, rien de tout ça : juste une histoire à raconter et un auteur qui se pose comme question majeure : comment raconter cette histoire au plus juste, pour que le dessin soit à son service et non l’inverse ?

En cette matière, Christophe Blain est un modèle. Certes, son dessin est nerveux, vivant et plein de finesse, certes son sens du cadrage et de la composition est évident et en fait l’un des grands espoirs de la bande dessinée d’auteur et de la BD populaire. Mais avant tout, la grande affaire de Christophe Blain, c’est la narration. Ce qu’il veut nous raconter, ce qu’il veut mettre en valeur par son dessin. Et ce qui est étonnant chez ce jeune dessinateur, c’est qu’il semble avoir absorbé tout ou grande partie de la sagesse des anciens (à commencer par Hergé, Franquin, Giraud, Jigé et Pratt) dès son premier album.

« Le Réducteur de Vitesse » est un grand album. J’ai même envie de dire que c’est un grand livre, tellement Blain étire la bande dessinée à la frontière de la littérature et sa capacité à faire ressentir des choses aussi diverses que le temps, l’attente, l’inquiétude et le désabusement. Blain y explore avec bonheur tous ces thèmes, ainsi que celui du voyage et de la création artistique (faut-il partir pour pouvoir écrire?), thème récurrent dans son oeuvre puisque « Isaac le Pirate » traite avant tout de ces sujets.

Sur plus de 80 pages, Blain parvient à intriguer, passionner et émouvoir le lecteur et à sublimer sa narration grâce à un dessin toujours juste et capable de s’enflammer le moment venu (la scène de l’incendie, étonnante ou les déformations visuelles liées au mal de mer). Bref, un vrai grand album de bande dessinée, moderne et classique en même temps. Une belle réussite !!

– Isaac le Pirate, tome 2 : « Les Glaces » – Christophe Blain, Editions Dargaud, Collection Poisson Pilote

Cet album est remarquable. Remarquable par l’attention portée à la narration et la sobriété de la mise image en page. Le retour du gaufrier (6 à 9 cases de taille égale) dans la nouvelle BD française est décidément une bonne nouvelle ! La narration se focalise sur l’humain, sur l’émotion du voyage et sur la solitude qui en découle. Narration du cheminement d’un artiste en devenir (Isaac tout autant que son créateur, Blain), amoureux de la mer ou plutôt de son idée et de sa liberté, narration de l’aventure, avec un grand A, digne des grands Jules Vernes couplée à l’épique anglo-saxon d’un Daniel Defoe. Enfin, graphiquement, que dire ? Le trait est maitrisé, bien que simple, les couleurs sont chaudes, grattées et travaillées tant et si bien qu’on a l’impression de resentir les variations climatiques du voyage.

En un mot, Blain a signé là (à ce jour) son chef d’oeuvre, meilleur que le tome 3 où la narration a un peu baissé le pied et que le tome 1 où la maitrise graphique était moins impressionnante. Bref, un indispensable à qui veut découvrir pourquoi la Bande dessinée n’est pas un art mineur et pourquoi Christophe Blain, à côté de ses superbes carnets de voyage, est un talent majeur.

– Socrate le demi-chien, tome 1 : « Héraclès » – Christophe Blain (Dessin) / Joann Sfar (Scénario), Editions Dargaud, Collection Poisson Pilote

Pour un coup d’essai, c’est effectivement quasiment un coup de maitre. Réussir à faire passer quelques image idées platoniciennes en mettant en scène les incertitudes d’un Hercule, demi-dieu dragueur et bagarreur, le pari était osé. Grâce à la légéreté de Sfar et le magnifique coup de pinceau de Blain, le pari est tenu. L’album est drôle, malin et néanmoins interrogateur et l’on a pas vu de chien si analytique depuis longtemps (depuis le Kador de Binet pour être exact).

Blain montre ici une fois de plus son sens graphique et certaines cases pourraient être extraites et faire l’objet d’un tiré à part, en raison de leur qualité picturale et de leur composition et encrage quasi parfaits. Un véritable plaisir graphique dont on aurait bien aimé qu’il s’affranchisse du classique format 46 pages pour épouser complétement les divagations du maitre et les réflexions du chien… ce que Blain fera à l’occasion de sa nouvelle série western « Gus ».

 

Nico

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