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Ex/Po! : Shoji Ueda – L’épure, l’épure !! (Maison Européenne de la Photographie)

Le manque de temps (ou la paresse) m’avait empéché de publier à temps un commentaire sur la série image d’expositions précédente à la 😦 qui affichait fin Décembre simultanément une intéressante rétrospective Martine Barrat sur son travail de mémoire dans Harlem, une monstrueuse série de Choi (« Autoportraits aux Enfers« ) qui n’aurait pas déparé dans un seinen manga et surtout le portfolio « Tulsa 1963-1971 » du photographe-cinéaste Larry Clark, tranchant comme un rasoir et violent comme les shots d’héroine de cette jeunesse white trash du Midwest américain.

Changement d’ambiance avec les expositions d’hiver de la MEP, qui fait la part à plus de douceur, mais conserve toujours une belle ligne éditoriale associant les rétrospectives (Ueda, Boubat, Knapp) aux travaux contemporains (Ballot et Toroptsov). L’événement de cette saison est à mon sens l’exposition Shoji Ueda, bien plus que la médiatique mais paresseuse et figurative rétrospective Edouard Boubat, qui trouvera sans nul doute grâce aux yeux des passionnés de Doineau et d’une photographie français certes humaniste mais bien molle et rassurante.

Shoji Ueda ou l’aventure d’un photographe amateur de génie (1913-2000), patient créateur d’une oeuvre ambitieuse et personnelle et qui transformera sa province de Tottori en lumineuse scène poétique et surréaliste. Tout comme son modèle Jacques-Henri Lartigue, Ueda était avant tout un amateur. Tenant une boutique de quartier dans la ville natale de Sakaïminato, Shoji Ueda a découvert la photographie au sein des photo-clubs alors en vogue dans le Japon des années 30 et publie ses premiers clichés en remportant des concours amateurs. Il conservera toute sa vie cet esprit d’artisan, façonnant ses images avec minutie et n’hésitant pas à intervenir pour modifier la mise en scène. Après 3 mois de formation à Tokyo, Ueda revient à 19 ans dans sa région natale et commence en toute humilité à constituer son oeuvre, parallèlement à la gestion de son magasin de photographie. Et dès 1938 (l’admirable cliché « Fille »), il ébauche une recherche stylistique personnelle, éloignée de tous les courants et de toutes les chapelles, qui trouve sa première expression pure et parfaite dans le cliché « Quatre filles » de 1939. Cette contre-plongée en bord de plage de quatre adolescentes, comme chacune absorbée dans leur bulle de conscience, rythme l’image et s’impose comme une immédiate icône moderne.

                                   Shoji Ueda - Quatre Filles

C’est en réalisant un travail de commande à la demande de la revue « Camera » en 1949 que Ueda découvrira les Dunes de Tottori qui deviendront le point focal de son inspiration et le décor idéal pour mettre en pratique son goût de l’épure. “C’est difficile de simplifier, on est souvent obligé de prendre des choses qu’on aimerait bien enlever” : les dunes lui offriront une scène cinématographique spectaculaire et poétique pour donner à voir la vie quotidienne.

Shoji Ueda - Sans Titre  Shoji Uead - Ma Famille sur la DuneShoji Ueda - Dunes, portrait de Sooji Yamakawa

En photographiant sa famille et ses amis (comme le photographe Ken Damon), Ueda instille dans un paysage quasi-surréaliste, rappelant Yves Tanguy ou René Magritte, une touche de poésie insolite et décalée: un parapluie, un chapeau melon, un chaise émergeant du sable, des personnages isolés s’inscrivant dans la blancheur du paysage,… L’attention portée à l’expressivité de ses modèles et à la rythmique du cadrage noir et blanc anticipe même les expérimentations les plus récentes de la photographie dite savante d’un dans les années 2000 (A Sudden Gust of Wind ou In front of a Nightclub).

Jeff Wall - A Sudden Gust of Wind

« Le monde en noir et blanc, explique-t-il, recèle quelque chose de mystérieux qui ne peut être décrit, et qui est formidablement séduisant. Est-ce faux de penser que cela touche nos coeurs d’autant plus fort que nous vivons à une époque où tout peut être photographié en couleur ? » Fidèle au noir et blanc tout au long de sa carrière, Ueda y exercera son art du contraste et de la composition. Rythmées comme autant de partitions musicales, ses photographies touchent à l’épure formelle et rendent pourtant grâce aux sujets en conservant une qualité humaine évidente. On pense en celà à l’art d’un Miyazaki dans « Tonari No Totoro » dans la description de la vie provinciale du Japon de l’après-guerre ou aux romans et nouvelles de l’écrivain Kōbō Abe et à l’adaptation cinématographique du sublime roman « La Femme des Sables » par Hiroshi Teshigahara.

              Images extraites de "la Femme des Sables" de Hiroshi Teshigahara - 1964

Créateur d’une oeuvre libre et personnelle, onirique et universelle, Shoji Ueda figure parmi les grands maîtres de la photographie du XXème siècle tout en ayant que rarement quitté de vue les formes pures du Mont Daisen.
                                             Shoji ueda - Autoportrait

Parallèlement à l’exposition de la Maison Européenne de la Photographie, la galerie Camera Obscura (268, Boulevard Raspail) met en résonnance les oeuvres de Lartigue et celles de Ueda et démontre combien l’humilité de l’artisan et un regard étonné et poétique font les grands artistes.

                                                 

« Shoji Ueda, Une Ligne Subtile » – Du 16 janvier au 31 mars 2008 à la Maison Européenne de la Photographie, 5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris

N/I
CO

PS : n’oubliez pas de vous rendre au sous-sol pour voir l’impressionnant travail de Jean-Christophe Ballot intitulé « Urban Landscape » et qui, de Shanghaï à Berlin en passant par Chicago ou Burgos, inventorie de belle manière les transformations des grandes mégalopoles, entre désert urbain et métropolis en construction permanente . La série sur Shanghaï et New York méritent particulièrement le détour.

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