Next Exit Please : Le Blog Culturel
Expos, musique, livres, photos, voyages et … Asie!

« Sparrow »: Forever Hong Kong

Dernier ballet en date signé Johnnie To, "Sparrow" est un film de pickpockets déguisé en comédie  musicale, elle-même travestie en farce. Comme souvent, on ne s’attardera guère sur le scénario qui tient sur l’épaisseur d’une ombrelle chinoise (To reconnaissant lui-même qu’il laisse volontiers l’écriture de ses scénarios à de meilleurs auteurs que lui, à commencer par Yau Nai Hoi, son scénariste attitré, notamment sur "Election 1" et "Election 2" et récemment passé à la réalisation avec le superbe "") et met en scène une bande  pickpockets virtuoses et gouailleurs menée par le toujours excellent Simon Yam, rapinant avec élégance dans un Hong Kong magnifiquement photographié, jusqu’à ce qu’une jeune et belle Taïwanaise, protégée d’un parrain du crime, ancien roi des pickpockets, les manipule tous les quatre afin d’échapper à l’emprise du vieux malfaiteur. Scénario improbable s’il en est (quoique la pratique de la mise en cage dorée de jeunes Chinoises à Hong Kong soit monnaie courante…) et qui n’est là que pour servir de fil conducteur à un film champagne, pétillant et racé, et dont la réalisation virtuose laisse penser que To nourrit une admiration sans limite pour les grands maîtres de la comédie musicale américaine. Elegance et fluidité, tels semblent être les maîtres mots de Johnnie To : sa caméra, à l’instar du moineau éponyme ("sparrow" signifiant également pickpocket…), virevolte dans les rues de Hong Kong, surplombe les immeubles et laisse découvrir toute une mythologie quotidienne de la mégalopole asiatique, à travers les péripéties loufoques de ses héros. Inventant un personnage de pickpocket tout en décontraction incarné par Simon Yam, To parvient aussi à évoquer la réalité quotidienne évanescente d’une ville en voie de normalisation depuis son retour dans le giron chinois. N’oubliant jamais qu’en 2046, la rétrocession à l’Empire du Milieu sera complète, Johnnie To, tout comme Wong Kar Wai dans son dyptique nostalgique et futuriste "In the Mood for Love" / "2046" se fait mémorialiste et fait aussi de son héros pickpocket un photographe saisissant à cheval sur son vélo tout ce que la ville a à offrir d’insolite, de touchant, d’inattendu, bref de quotidien. Capturant dans son objectif l’âme d’une ville menacée de disparition une fois la toute puissante Chine revenue au pouvoir, Johnnie To, devenu lui-même cinéaste pickpocket, dérobe à son nouveau futur propriétaire quelques instants légers de candeur et de liberté et livre ici une déclaration d’amour nostalgique à une ville de Hong Kong qui craint de bientôt devenir la jeune fille tenue bâillonnée dans la cage dorée du néo-capitalisme du parti communiste chinois…

Johnnie To n’en oublie pas pour autant son éblouissant sens du rythme et de la tension, dans une composition en forme de puzzle qui alterne scènes de groupe cocasses et absurdes (rappelant au passage d’où Quentin Tarantino tire nombre de ses références) et portraits intimistes, dont la mise en lumière velouté et crépusculaire évoque parfois les ambiances de Wong Kar Wai, l’autre grand cinéaste des lieux. S’en échappent quelques très beaux moments de cinéma gracieux et jouissifs, magnifiant le décor offert par Hong Kong (notamment les quartiers populaires de Wan Chai et Sheung Wan) et tirant parti de la géographie unique de la ville, entre toits d’immeubles, rues pentues et passages piétons noyés de pluie dans une scène d’anthologie, digne d’une comédie musicale des Golden Fifties.

C’est dans ce bel équilibre entre la comédie absurde et le déguisement politique que "Sparrow" trouve une forme de grâce cinématographique, véritable objet funambule et "classieux" qui rappelle que le cinéma est cet art polymorphe, capable de transformer une rixe de voyous en un somptueux ballet de parapluies.

Mention spéciale pour la bande originale très cool & jazzy signée par les Français Xavier Jamaux et Fred Avril, qui accompagne d’un soupçon d’électro et de sonorités traditionnelles une partition parfaitement adaptée à l’ambiance décontractée et pleine de charme de ce polar qui n’en est pas un…

NiTo

"Sparrow" de Johnnie To, scénario de Yau Nai Hoi et Chan Kin Chung, avec Simon Yam, Kelly Lin, Ka Tu Lam Lo Hoi Pang (2008)

Publicités

2 Réponses to “« Sparrow »: Forever Hong Kong”

  1. AH! J\’aime beaucoup ce que tu as écrit sur Sparrow et sur To! Alors je dis oui pour "l\’invitation" ;-))
        @++    Marjane

  2. je partage tout a fait ta lecture du film. Je me permet de linker le billet sur mon site, en espérant que tu n\’y vois pas d\’inconvénient… a bientôtBenoit


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :