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Ex/Po! : Afrique / Océanie – Chefs-d’oeuvre de la collection Barbier-Mueller (Musée Jacquemart-André, Paris)

 
La collection Barbier-Mueller peut se targuer d’être l’une des plus belles, si ce n’est LA plus belle des collections privées d’arts africains et océaniens. Fruit d’une insatiable passion pour la découverte des cultures primitives, cette collection est aussi le résultat d’une dynastie familiale: dès le début du XXème siècle, Josef Mueller, collectionneur genevois d’abord féru de peinture (il possédait dès l’âge de 23 ans des chefs-d’oeuvre de Cézanne, Van Gogh, Picasso ou Juan Gris…), s’initia aux "arts lointains", précolombiens d’abord, sous la férule du grand marchand d’art Josef Brummer (collection qui constitue le fonds exceptionnel présenté au Musée Barbier-Mueller de Barcelone), puis, influencé par les peintres de Montparnasse dont il achetait les toiles, à "l’art nègre", qui dès 1905-1910 commença à bouleverser les conceptions esthétiques des artistes européens (initiant notamment la ). Mueller accumulera en 90 ans d’existence une collection sans égale, composée de plus de 2,500 oeuvres dites "primitives", dont la partie océanienne aura été largement acquise par son beau-fils, Jean-Paul Barbier-Mueller, qui orientera les acquisitions vers la Micronésie, l’Insulinde et les cultures australes.

La muséographie, comme souvent à Jacquemart-André, est superbe et sobre et la mise en lumière fait ressortir toute la puissance évocatrice, esthétique et spirituelle de pièces d’exception. Regroupant les oeuvres par origine géographique, l’exposition ne manque cependant pas de les mettre en résonance et de souligner la spécificité de leurs approches esthétiques respectives. Le "sceptre au cavalier", créé vers le XIIème siècle, au sein du mythique royaume d’Ifé (actuel Nigeria) présente des traits si délicats, si naturalistes, que l’archéologue allemand Frobenius crut lui-aussi découvrir l’Atlantide de Platon lorsqu’il mit à jour les vestiges de la cité d’Ifé. Les figures-reliquaires Kota, Fang ou Sangu du Gabon affichent des traits minimalistes qui inspireront autant Klee, Ernst, Matisse que Brancusi et semblent intermédier sans façon entre le monde des hommes et la jongle des esprits. Tristan Tzara, membre fondateur du dadaïsme ne s’y trompa guère, lui qui fit l’acquisition d’un masque Beete (peebod) du Gabon (ethnie kwélé) datant du XIXème siècle, masque qui contribua à l’irruption de l’art primitif sur la scène artistique internationale, lors de son exposition au MoMA de New-York en 1935. Visage concave alternant densité du contour noir et blancheur spectrale de l’intérieur, ce masque-chouette s’organise autour d’une symétrie parfaite et inspire le mystère.

                    

Au fil des vitrines, l’on découvre un masque double de Cote d’Ivoire, des figures féminines Sénufo d’une rare finesse, les délicates arabesques de la sculpture Sarawak d’Indonésie ou les magnétiques "objets-force" du Congo, véritables fétiches à clous, comme extraits d’un envoûtement maléfique, férocement percés d’une infini de clous et représentant des esprits zoomorphes minkisi, qui sont sollicités ainsi pour mener à bien leur mission surnaturelle. En traversant les océans, on découvre la pureté graphique des statuettes polynésiennes et micronésiennes (notamment une figure féminine du XVIIIème siècle issue des Iles Caroline dont le dessin rappelle les années 50), la violence cérémonielle des masques de Nouvelle-Guinée ou du Détroit de Torres et pour finir, la polychromie vitaliste des masques de l’archipel des Iles Bismarck, souvent surmodelés sur des crânes humains et témoignant de la nature hybride (entre rite mortuaire et rite de fertilité) d’une culture intégrant les éléments naturels (coquillages, plumes, feuilles) dans une approche artistique expressive et inquiétante.

Une visite passionnante et souvent déconcertante, comme un miroir brut et originel reflétant nos préoccupations et peurs personnelles contemporaines…                

Cliquez pour écouter un entretien intéressant avec Jean-Paul Barbier-Mueller, relatant sa première confrontation face au "monde sauvage" de l’art primitif.

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"Afrique / Océanie : les chefs-d’oeuvre de la collection Barbier-Mueller", du 19 mars au 24 août 2008, Musée Jacquemart-André, 158, Boulevard Haussmann, 75008 Paris

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