Next Exit Please : Le Blog Culturel
Expos, musique, livres, photos, voyages et … Asie!

« Les Sept Jours » : en état de siège

Autre visage d’un cinéma en pleine renaissance (cf. la critique de "" d’Ari Folman), la réalisatrice Ronit Elkabetz poursuit, après "Prendre Femme" son exploration frontale et sans fard de la société israélienne contemporaine. Prenant prétexte du décès accidentel d’un frère pendant la première guerre du Golfe, la cinéaste trace le portrait choral d’une famille en état de siège: assiégée par le deuil, assiégée par l’explosion des rancunes et des incompréhensions, des mensonges et des amours contrariés, assiégée par le rôle paradoxal de l’argent, à la fois libérateur et corrupteur… Et en écho, la réalité d’une société assiégée par la peur des attaques chimiques irakiennes et confronté aux incertitudes de son projet collectif.

En plongeant au coeur d’une famille séfarade à l’orée du deuil et qui décide de veiller le défunt pendant sept jours et sept nuits, Ronit Elkabetz ne se contente pas simplement de décrypter les arcanes des traditions juives et d’en exposer les lignes de fracture et de force. Elle dessine avant tout le portrait collectif d’une société outrancière et attachante, désorientée par la recomposition en cours où les origines (africaines, russes, allemandes, …), les ambitions et les peurs divergent et font cohabiter au sein d’une même famille (Israël) des cousins irritables réunis là par le destin et le poids des traditions. Et cette famille de ne pas, de ne plus se comprendre, et le langage commun (la langue de Dieu, la langue de la Torah), comme éparpillé par ces aspirations individuelles peinant à tenir dans le carcan des obligations collectives, de s’effriter en autant d’idiomes isolant les groupes et les couples (hébreu, français, yiddish, allemand, …).

La direction d’acteurs est souvent remarquable, même si certains peinent à jouer avec les autres et tirent un peu la couverture à eux. On notera surtout les superbes rôles de femme : la performance explosive de Hana Azoulay Hasfari dans le rôle de Simona ou la présence magnétique de la réalisatrice elle-même dans le rôle de Vivianne: incarnation d’une certaine femme israélienne contemporaine, ambivalente dans sa force méditerranéenne, exhibant ses blessures au grand jour et pourtant finalement effacée et prisonnière des conventions sociales (notamment le refus du divorce ou l’importance du statut social). Une composition magnifique qui apporte à l’ensemble une rare densité psychologique.

"Les Sept Jours" rappellent les oeuvres de Bergman, Pasolini, Vinterberg mêlées aux aspirations comiques du meilleur cinéma italien. On songe aussi par moment, lors de quelques sublimes plans-séquences drôles et douloureux (l’exceptionnelle séquence inaugurale d’enterrement, passant en un instant du tragique, au ridicule et à la farce absurde), aux stupéfiants clichés panoramiques de la série "" du photographe israélien Barry Frydlender, dans sa capacité à capter les multiples états d’âme d’une société israélienne en perpétuelle défiance, en perpétuelle introspection…

N

"Les Sept Jours" de Ronit et Shlomi Elkabetz (2008), avec Ronit Elkabetz, Albert Illouz, Yaël Abecassis, Simon Abkarian, …

Publicités

Une Réponse to “« Les Sept Jours » : en état de siège”

  1. Ca fait quand même un bon bout de temps que le cinéma israélien est étonnant de vitalité et de diversité ! 😉 Sinon, le film ne me rappelle pas trop Bergman, ou Pasolini, même pas Vintenberg d\’ailleurs.  ca reste un film dense est assez intéressant, même s\’il ne m\’a pas fasciné à ce point. J\’en ai parlé un peu sur ma page 😉


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :