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Ex/Po! : China Gold : (r)évolution cultu(r)elle (Musée Maillol, Paris)

En Chine, le jaune est la couleur de l’empereur. Non pas tant la couleur du pouvoir que la couleur du culte du pouvoir. Il suffit, pour s’en convaincre, de constater son omniprésence graphique dans la fable historique "La Cité Interdite" de Zhang Yimou, où les opposants à l’empereur finissent écrasés dans un océan de boutons d’or, symbolique du retour confucéen et légiste à l’ordre des choses.

A en croire le détournement qui est fait aujourd’hui de la couleur impériale par la nouvelle vague d’artistes contemporains chinois, le jaune demeure plus que jamais la couleur du culte. Culte de l’argent, du succès, de la reconnaissance ou de la critique sociale, ces nouveaux horizons d’une société chinoise qui se métamorphose moins qu’elle absorbe et englobe et dissoud tout ce qui lui est étranger pour le rendre spécifiquement sien, donc culturel donc motif donc votif. D’autant que le jaune, c’est aussi la couleur licencieuse par excellence, celle par qui le scandale arrive…

Si l’on est gré à la fondation Maillol et au commissaire new-yorkais de l’exposition Alona Kagan d’avoir délibérement rassemblé ici des œuvres ultra-contemporaines (rares sont les œuvres antérieures à 2005 et nombreuses sont celles achevées en 2008) et représentatives de l’énergique diversité de la scène artistique chinoise, l’exposition de cette prolifération d’intentions esthétiques laisse comme un goût sucré/salé d’inachevé en bouche, qui rappelle mon impression mitigée lors de la au printemps dernier. Baignés dans une culture où l’imitation est autant un signe de reconnaissance qu’une pratique commerciale couramment acceptée, nombre d’artistes chinois s’emploient à singer les principes fondateurs de l’art occidental de l’après-guerre et pillent sans vergogne qui le pop-art, qui l’arte povera, qui le néo-expressionisme allemand ou sa version abstraite américaine avec une énergie certes plaisante, mais généralement éclipsée par cette systématique recherche de l’effet, du gimmick reconnaissable entre tous qui signera l’affirmation d’un style aisément identifiable (Pop politique de Wang Guangyi, Gaudy Art de Feng Zhengjie, Réalisme cynique de Yue Minjun …) et qui pourra, au nom de l’économie sociale de marché, faire l’objet de transactions records de la part de collectionneurs-spéculateurs confirmés (9,7 millions de dollars pour une toile de Zeng Fanzhi en mai dernier à Hong-Kong, 3,8 millions d’Euros pour Yue Minjun, pape du réalisme cynique).

C’est en cela que cette génération d’artistes paraît encore bien fascinée par les schémas artistiques sécrétés par une société occidentale (si ce n’est américaine) post-industrielle qui constitue toujours le point de fuite de l’art chinois. Toutefois, la mise en résonance des trente cinq artistes exposés à la Fondation Dina Vierny laisse aussi contempler des oeuvres intrigantes et reflétant les monstrueuses mutations que l’Empire-Continent connaît en moins d’une génération. Parmi cette collection, quelques personnalités se sont imposés à moi par leur regard décalé et personnel :

Zhang Dali et sa série "AK-47" (2007) et ses garçons / filles revêtus d’une micro-structure acrylique sur toile cirée, noir sur fond noir, le signe comme une prison

Zhang Huan, "La Recrue" (2008), d’une inspiration Richter, Pop Art en conflagration à la lueur de la Révolution culturelle, saisissant comme l’image en négatif du volcan politique maoïste après la déflagration, toute une civilisation fondue au sein du creuset idéologique et la toile de l’artiste, conservant le négatif imprimé dans la cendre des restes de momifiés d’une Pompéï moderne

Ling Jian, "Héros n°4" (2008), portrait d’une rondeur mandala d’un spaceman du troisième sexe, d’un réalisme photographique saboté à coups d’aplats gras s’ouvrant sur la fixité métallique d’un regard béant, grand ouvert sur rien

              

Wang Qingsong, "Dreams of Migrants" (2006), spectaculaire cliché panoramique de la Chine année Zéro en Technicolor, mettant en scène le cirque urbain sexe / police / misère / fascination de l’Occident / sexe dans une société ou la boue et le béton déciment les "mingongs" émigrant de leurs campagnes

Miao Xiachun, "Surplus" (2007), saisissant la terrible métamorphose urbaine, kitsch contre solitude contre néon, emplissant le vide de sens par la puissance des halos des lumières électriques

Cui Xiuwen et ses "Anges" (2007), adolescentes enceintes et répétées à l’infini, livre grand ouvert sur les infanticides des filles et la règle de l’enfant unique et symbole d’une Chine ultra-urbaine et outrageusement sexualisée, la frange noire barrant son regard comme la sombre morale des Légistes confucéen barre l’accès à la vie

Hong Hao, "My Things" (2006), bréviaire consumériste en forme de cercle, répétant à l’infini l’acte de consommation avec le néant comme point de fuite         

   

C’est probablement dans cette génération née dans les années 70 qu’il faudra chercher les futurs maîtres de l’art contemporain chinois, à condition qu’ils parviennent à échapper au taylorisme artistique imposé par le marché et à ce fordisme inné qui les incite à faire école…

N

« China Gold » au Musée Maillol (61 rue de Grenelle – 75007 Paris) du 18 juin au 13 octobre 2008.

 

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