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Ubik: Une époque (virtuelle) formidable #4 : Solidaire vs. Trader

Hasard malencontreux de l’actualité ou raccourci saisissant d’une machinerie sociale détournée en plein vol? Chroniques comparées du 9ème salon Emmaüs, qui s’est tenu dimanche dernier à la Porte de Versailles vs. l’étroit matérialisme du petit monde imagedes traders….

1/ en lui-même est impressionnant. 25 000 visiteurs pour la plus grande braderie d’un jour de France, des articles collectées par les communautés Emmaüs venues de toute l’Europe (France bien sûr, mais aussi des Belges énergiques, des Allemands, des Suisses ou des Anglais écoulant avec bonheur des pièces de porcelaine pour le moins exotique! :-), une ambiance oscillant entre la frénésie des marchés aux puces et la tranquilité d’une kermesse de campagne…

2/ L’ambiance y est (d)étonnante et troublante, tant l’on perçoit physiquement ce que le terme de « solidarité » signifie ici: nul slogan politique, nulle argumentation vaine ou gesticulation histrionique, mais une solidarité de terrain, vécue au plus près de l’échange, de l’autre, de l’humain, sans préciosité, sans condescendance, juste et simplement solidaire, présente et impliquée.

3/ le public est un mélange hétéroclite et improbable de bobos parisiens, de curieux, de chineurs et surtout de visiteurs en situation sociale délicate trouvant dans le salon une occasion inespérée de pouvoir se procurer des objets utiles et quotidiens au meilleur prix. Preuve par l’exemple qu’il existe une véritable place pour le commerce solidaire, qu’il soit équitable, écologique ou durable…

En quoi ce billet se veut-il donc « ubik« , à savoir un tant soit peu polémique sinon contestataire? Du simple fait de confronter l’actualité du salon Emmaüs à celle d’une certaine France qui se pense du haut quand elle est touche en réalité le fond moral, celle de ses traders rendus ignares d’égocentrisme ou de ces opérations de LBO insensées (28m d’Euros d’effet de levier pour le PDG d’Editis contre 5% d’augmentation des salariés… bon deal…), qui viennent enrichir sans grand risque des patrons d’industrie souvent sans talent… (cf. Patricia Russo qui en coulant Alcatel-Lucent parvient à se faire voter quelques millions complémentaires de stock-options…).

Dieu sait qu’on ne saurait me taxer de sympathie révolutionnaire (question d’âge sans doute) et autres « proudhonnisme » de tout bord… En absolu tocquevillien que je suis :-), j’analyse le fait démocratique comme étant avant tout celui du primat de la liberté individuelle sur l’égalité collective… et les règles du jeu de l’économie libérale telle que cofidiées par Adam Smith et David Ricardo me sont parfaitement acceptables…

Et pourtant, la simple lecture de la presse, mise en perspective avec l’élan de solidarité, d’énergie, de survie déployé par Emmaüs et les autres ONG et mouvements associatifs, laisse pantois. Lu dans Le Point la semaine dernière, ces traders de la Société Générale imbus d’eux-même, saluant tels de véritables dieux leurs anciens maîtres, ex-patrons du département Dérivés Actions, quittant le navire en plein naufrage, mi-retraités, mi-débarqués, mais pleinement multi-millionnaires, symboles d’une véritable Second Life financière, sans lien aucun avec une économie réelle bien has been pour cette population über-superficielle uniquement fascinée par la couleur de la Maserati qu’ils déposeront le vendredi soir au voiturier du Berkeley avenue Matignon pour fumer un Partagas D4 et se repaître de l’égo de leurs semblables et commentant inlassablement l’état matérialiste de leur petit monde, entre une soirée chez Castel et une virée chez Jaeger-Lecoultre… (histoire vraie et entendue au même restaurant lors d’un dîner professionnel…).

Que dire et que faire surtout, sinon le constat, terrible, glacial, que la machinerie sociale est désormais en roue libre et, par excès ou faute de régulation (c’est là un autre constat fait à la fois par Tocqueville mais aussi par J.M. Keynes, loin de la vulgate interventionniste dérivée de son oeuvre), ne signifie plus rien, au sens où la création de richesse ne participe plus de l’écriture partagée d’une épopée collective, (celle de l’aspiration à l’ascension sociale inscrite dans la génétique de toute génération future depuis le Haut Moyen-Age) mais relève de micro-narrations communautaires qui peinent à franchir le seuil de leur famille d’adoption et à s’inscrire ainsi dans le champ social. On ne peut que saluer le courage (qui me fait défaut aujourd’hui) et l’engagement de ces milliers de bénévoles, qui, au-delà de l’énergie qu’ils y consacrent, tentent au quotidien de renouer le fil de cette histoire commune pour redonner aux plus fragiles une Second Life qui soit, elle, une deuxième chance. C’est peut-être là tout l’enjeu du Revenu de Solidarité Active initié par Martin Hirsch, ancien président d’Emmaüs, au sein du gouvernement Sarkozy. Vaste ambition… surtout mesurée à l’aune des Daniel Bouton de ce monde.

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