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Into The Wild #2: High Tea façon Wild West (Victoria, Vancouver Island, Canada)

Si le trajet vers Victoria constitue en soi un véritable voyage au sens XIXème siècle du terme (à savoir la succession de moyens de transport variés – ici, taxi, ferry, bus, taxi), c’est en parcourant les rues de la capitale de l’île de Vancouver, vaste navire boisé échoué en face de la baie de Vancouver et bordé par le sauvage Pacific Rim, que l’on saisit les racines profondes de l’identité canadienne: identité d’affiliation avec la couronne britannique (les portraits de la reine Victoria ornant chaque rue du centre-ville), identité de construction avec la conquête de l’île par les premiers explorateurs de l’ile et leur rencontre difficile avec les Indiens (bien que moins destructrice que celle de leurs cousins américains) et identité de migration, chaque habitant de Vancouver Island pouvant se targuer d’avoir un ancêtre qui européen, qui asiatique, qui sud-américain. Identité multiple donc, dont Victoria, en tant que capitale, reflète la richesse et les aspérités.

Old Town où le Wild West made in London : une promenade matinale dans les quelques blocks qui composent Old Town prend rapidement des airs d’escapade anglaise. Tout y respire le Londres des années 1880, celui de Conan Doyle et des voitures à chevaux: maisons en brique rouge, façades à deux étages, lampadaires au gaz, fenêtres guillotine, l’Angleterre y est présente à chaque pas, et pourtant pointe partout le visage de ce Nouveau Monde, sauvage, conquis de haute volée face à une Nature omniprésente (plus de 95% de la surface de l’île est aujourd’hui encore couverte par la forêt) et terriblement pragmatique: iron cast inspirés par l’école de Chicago, escaliers de secours en façade, larges vitrines en rez de chaussée… Rencontre de Mayfair et de SoHo, Old Town résonne encore des clameurs des trappeurs, des chercheurs d’or et des officiers britanniques, guettant tous l’arrivée de la fortune prochaine…

Avant de quitter Victoria, prenez le temps d’un retour vers le charme désuet de l’Angleterre colonial et l’âge (d’or ??) du Commonwealth en franchissant les portes de l’Hôtel The Empress, véritable institution  du monde civilisé (comprendre : britannique) pour vous effondrer, repus de découvertes, dans le cuir épais et moelleux des fauteuils clubs du Bengal Lounge et commander un whisky racé à déguster auprès du feu, sous le patronage d’une peau de tigre. Kitsch, me direz-vous? Oui, et parfaitement assumé. Cet îlot de prétention aristocratique a heureusement perdu sa rigueur toute victorienne pour ne plus constituer qu’une étape de choix pour prendre un verre en contemplant la nuit tomber sur Inner Harbour et proposer au visiteur affamé l’alternative convaincante de son Curry Buffet aux assauts combinés du fish & chips revisité et d’une fusion food débridée.

– "Immigrants, we are" : situé à deux pas du Parlement et de l’Empress, le Royal BC Museum, fondé en 1886 et dédié à l’histoire naturelle et à l’ethnographie, retrace de manière didactique et ludique l’évolution biologique et climatique, passée et future, de la Colombie Britannique et dresse un portrait  exhaustif et touchant des cultures indiennes pré-colonisation, présentant coutumes et objets quotidiens et cérémoniels (notamment une extraordinaire collection de masques rituels) avec un réel sens du respect du aux premiers habitants de Vancouver Island. Le Canada se distingue d’ailleurs par cette reconnaissance sincère et historique des cultures indiennes (le musée d’anthropologie de Vancouver et d’Ottawa en faisant foi), quand le grand voisin américain peine à trouver une scène de dimension internationale pour saluer la mémoire de ces peuples décimés et spoliés par une colonisation sanglante et aujourd’hui parqués dans des réserves souvent misérables où le folklore touristique tient lieu d’unique reconnaissance officielle.

Hommage à la diversité des cultures constitutives de la British Columbia d’aujourd’hui, l’exposition temporaire "Free Spirit : You, Me and BC" s’attache également à retracer les parcours étonnants d’originaires de British Columbia (oui, Pamela Anderson n’est pas américaine, mais bien canadienne et originaire de Vancouver Island, tout comme Kim Cattral, Diana Krall, Nelly Furtado, Steve Nash, Atom Egoyan, Douglas Coupland, l’inventeur de la "Génération-X" ou l’acteur William B. Davis, le célèbre "Smoking Man" de la série culte X-Files, d’ailleurs intégralement tourné dans la r&gion de Vancouver) et montrent combien les immigrations européennes et asiatiques ont façonné l’identité British Columbian, entre préservation des traditions d’origine et largesse d’esprit

Fan Tan Alley ou l’immigration d’à côté : comme Vancouver, Victoria a son Chinatown. Réduit à sa plus simple expression, le quartier chinois n’occupe guère plus que quelques blocs, au milieu desquels  se faufile Fan Tan Alley, aux dires des habitants de Victoria, la rue la plus étroite d’Amérique du Nord. Gageons que Boston ou New-York contesteraient sans doute cette primauté, mais force est de reconnaître que : 1/ la rue est effectivement étroite; 2/ son caractère naturel, bordée qu’elle est de petites échoppes et de numérotations improbables (une porte affichant même le numéro 23 et demi!), l’emporte haut la main. Curieux toutefois de noter que plus de 100 ans après l’arrivée des migrants chinois, le besoin de disposer d’un quartier propre demeure si prégnant, en dépit de la qualité réelle de l’intégration de la communauté chinoise au Canada, comme si le fameux melting pot / salad bowl canadien se déclinait bien plus sous la forme d’un patchwork coloré d’un point de vue de la géographie urbaine…

H.R.H. N

PS: à recommander pour les voyageurs qui souhaiteraient rejoindre les Etats-Unis directement de Victoria sans passer par la case Vancouver, la desserte quotidienne par la compagnie Victoria Clippers à partir de l’Inner Harbour, des destinations de Port Angeles (pour visiter aisément l’Olympics National Parc) et de Seattle (pour une dégustation d’huîtres japonaises sur Pike Public Market). Rapide (2h30) et relativement bon marché, cette liaison maritime vous fait arriver au coeur de Seattle pour mieux continuer votre voyage vers le Wild West.

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