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Into The Wild #5: « Our revels now are ended… » (Etats du Wyoming, Idaho et Utah, Etats-Unis)

"Our revels now are ended…
We are such stuff as dreams are made on;
and our little life is rounded with a sleep."

Monologue final de Prospero, The Tempest, William Shakespeare

…et les voyages s’achèvent, subrepticement, masqués derrière des étapes de circonstance et des traversées fantomatiques… L’espace américain finalement contenu dans une dernière descente de ces routes désertées de l’Ouest, où les Etats portent encore le nom des tribus indiennes et célèbrent une Nature trop abrupte pour être directement nommée: Wyoming, Idaho, Utah comme si, nouveaux mormons, nous fuyions l’appel pressant de la civilisation.

– Instant fake icons : The Million Dollar Cowboy Bar est ce que l’on pourrait appeler une institution à Jackson Hole, Wyoming. La ville, qui doit sa fortune a la proximité du parc de Yellowstone et à son enneigement qui en fait l’une des destinations alpines alternatives posh enough derrière près Aspen (Colorado), peut s’enorgueillir d’abriter une icône de bar fabriquée de toutes pièces. S’il le bâtiment fut érigé en 1890 à l’époque où Jackson Hole n’était encore qu’un modeste avant-poste commercial, son histoire n’offre que peu d’aspérités. D’abord officine médicale puis agence bancaire avant de devenir le premier bar de la ville, son seul fait notable fut l’obtention d’une licence l’autorisant à vendre de l’alcool en 1937, au sortir de la Prohibition. Pourtant, The Million Dollar Cowboy Bar s’érige aujourd’hui en icône western. Tout y est faux bien sûr, mais son pouvoir de caricature – bar long de 20 mètres, décor foutraque, ode au Jack Daniel’s, néons alcolisés et vraies-fausses selles de cheval en guise de tabouret de bar, tables de billard autrefois enfumées… – suffit à en faire un symbole culturel proprement américain, à la fois désuet et assumant crânement cette identité factice au fins toutes commerciales. Icône instantanée et pourtant prophylactique, The Million Dollar Cowboy Bar est aussi indispensable qu’une Bud Light à l’entropie américaine : inutile mais rassurant, kitsch et hypocrite.

– "Welcome to Paris. Population: 576" et de traverser au milieu des paysages vides du Wyoming et de l’Idaho comme magnétisés par l’espace : ces routes longilignes traversant des villes qui n’en sont pas, qui ne l’ont jamais été, déguisées derrière leurs façades de convenance… il est possible, au hasard d’un itinéraire, de relier Geneva, Montpellier et Paris entre moins d’une heure. La fantasque géographie américaine semble parfois contracter l’espace en une boule de papier rapprochant les lieux et les mythologies. Vous ne trouverez naturellement nulle trace d’Europe dans ce bout d’Idaho aux confins du Wyoming, mais la survivance de la toponymie fait curieusement ressurgir les héritages enfouis des premiers pionniers. Premières traces d’une colonisation franco-canadienne, quand la Louisiane s’étendait du Golfe du Mexique aux hautes plaines du Montana, ces villages affichant fièrement leur maigre population à leur entrée ont depuis longtemps oublié ce qui les rattacha autrefois à la vieille Europe et paissent désormais paisiblement le long de rares routes désertées. Rien ne semble se passer à Geneva-Wyoming ou Paris-Idaho. Rien ne passe probablement que le temps et les saisons. Mais pour le voyageur qui s’arrêtera ne serait-ce qu’un instant au bord de cette route, c’est toute l’Amérique qui s’offrira au regard, cette vague sensation de vide, de décor brut, de rideaux qui s’écartent pour observer du coin de l’oeil l’étranger qui fait halte, cette Americana somptueusement dévoilée par Wim Wenders dans "Paris Texas", lui aussi Européen égaré dans ce coeur vide et hypnotique du continent Amérique

– Généalogie américaine : Salt Lake City présente bien des particularités qui font de la capitale mormone une étape décalée, comme un mirage s’effaçant lors de l’approche du Grand Lac Salé. C’est une ville mormone bien sûr, avec ce que cela suppose d’étrangeté lorsque l’on s’aventure auprès du Temple et du Tabernacle, constructions héroïques en carton-pâte, comme échappées d’un sketchbook de l’oncle Walt Disney. C’est aussi une ville qui, faute de mieux sûrement, a baptisé l’une de ses avenues principales (toutes numérotées en fonction de leur position relative au Temple…) du nom de John Stockton, l’ancien meneur de jeu All-Star de la franchise locale de basketball des Utah Jazz, le sacré s’accomodant fort bien du profane dès lors qu’il est blanc et conforme….

Mais Salt Lake City abrite avant tout la plus grande base de données généalogiques au monde, les Mormons entreposant, à des fins de baptême rétroactif, des milliers d’archives d’état civil, fantasmant l’édification d’une véritable Arche de Noë spirituelle. Si les archives sont évidemment avant tout focalisées sur le continent nord-américain, les Mormons, du fait de leur inlassable évangélisme (chaque jeune Mormon partant en tant que missionnaire à l’étranger pendant 2 ans ) ont aussi constitué des bases de données considérables pour l’Europe, l’Asie et l’Afrique, récupérant au hasard de leurs pérégrinations qui des extraits d’acte civil du début du siècle, qui des états matrimoniaux ou des registres de décès. En ces temps de polémique sur le "fichage" de nos concitoyens, il me fallait vérifier si les Mormons avaient déjà pris soin de ma généalogie familiale… Après plus d’une heure de recherche, guidé par une délicieuse accompagnatrice mormone, n’oubliant pas de mentionner combien le Tabernacle et l’Assembly Hall étaient "so inspiring", force m’était de constater, à moitié rassuré, à moitié effrayé par l’ampleur des moyens mis à disposition (portail Internet accessible à tous, archives numériques, microfilms, documents officiels scannés, …), qu’en dépit de la bonhomie volontariste des disciples de Brigham Young, le fichage de l’humanité est heureusement encore une discipline bien inexacte et que l’histoire de ma famille resterait encore pour un (court?) moment du domaine privé…

Mais ce sont les perspectives acides et erémitiques du Grand Lac Salé qui marqueront plus sûrement les esprits. Minéral et mortuaire, l’immense étendue salé, brûlée par le soleil et battue par les vents offre son espace infiniment plat au regard et annihile tout aux alentours, jusqu’aux silhouettes montrueuses des usines de cuivre qui surplombent son rivage.

NidahO

PS : This is the end of the "Into The Wild" serie. Hope you enjoyed it.

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