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Spek/Takl ! : Bartabas et « Les Juments de La Nuit » (Bassin de Neptune, Château de Versailles, France)

Dernier spectacle total de Bartabas, "Les Juments de la Nuit" marquent une évolution notable de l’art de Zingaro. Jouant d’avantage sur la transcription scénique de l’art théâtral traditionnel japonais ( ou bunraku) que sur la simple performance du cirque équestre (voltige, pas de deux et autres manèges), Bartabas a pris le risque de déconcerter un public populaire habitué à des spectacles probablement plus accessibles en choisissant tant un thème qu’une manière opératoire arides et exigeantes. Adaptant "Le Château de l’Araignée" d’Akira Kurosawa, lui-même libre adaptation du "Macbeth" de William Shakespeare, le bouillant directeur du théâtre Zingaro et de l’Académie équestre de Versailles se positionne là où on ne l’attend pas, dans la pure construction intellectuelle plutôt qu’émotionnelle, où le cheval n’est plus l’objet en soi de la représentation mais l’un de ses instruments, à l’instar des jeux d’eau du Bassin de Neptune ou des pyrotechnies du Groupe F enflammant le ciel des jardins de Versailles ou sommant l’apparition de visions fantomatiques comme projetées à même les écrans de fumée…

Si la magnificence des costumes, le frisson procuré par les présences spectrales de cavaliers-fantômes empruntant aux contes japonais comme à la geste shakespearienne ou encore les impressionnantes séquences de voltige oeuvrent beaucoup pour créer un environnement magique, l’espace monumental du Bassin de Neptune peine toutefois à être pleinement habité par un propos esthétique par nature ascétique, se prêtant mieux à la mesure d’un temple de Kyoto qu’à la démesure spatiale de Versailles. Pour autant, quelques séquences et images fortes marqueront à coup sûr les mémoires, comme ces spectres blafards, immenses marionnettes désarticulées, chevauchant des montures magnifiques et inaugurant le spectacle d’un galop macabre ou ces cavaleries de samouraïs projetant leurs ombres sur les murailles rêvées d’un château de fumée…

                

Une soirée cérébrale, à la lenteur assumée, et qui, pour ceux qui, comme moi, trouvent une véritable satisfaction intellectuelle dans l’épure japonaise, s’avère intrigante, puisqu’au-delà de sa simple beauté formelle ou de ses errances de mise en scène – où rigidité excessive et alliances malencontreuses (les textes récités d’une voix désespérément emphatique par B-P Donnadieu ou les thèmes musicaux concoctés par Jean Schwarz, oscillant entre électro new age et expérimentation bricolée par l’IRCAM, singeant maladroitement les dissonances du shamisen ou du koto et noyant la beauté des images dans un déploiement inutile de signes folkloriques) – laissent toutefois la place à une émotion brute, presque sauvage… Bartabas remonte alors par instant à la source même du verbe shakespearien tel que ré-interprété par Kurosawa : un monde où la parole ne peut être que mensonge et où seul l’acte – ici mortel – porte signe de vérité.

                

Les Juments de la nuit, par Bartabas, avec l’Académie du spectacle équestre de Versailles et le théâtre équestre Zingaro. Création musicale : Jean Schwarz. Bassin de Neptune, château de Versailles.  Les 5, 6, 12 et 13 septembre.

Niko Niko

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