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Vicky Cristina Barcelona: Sol y Sombra

Woody Allen avait trouvé dans l’escapade londonienne présidant à la réalisation de “Matchpoint” matière à transcender son infatuation intellectuelle et lubrique en portrait acerbe et sans fard d’une caste abreuvée de privilèges, où le chic le disputait au matérialisme hideux de nantis médiocres et impitoyables. Mais Allen, lui-même nabab cinématographique et éternel résident du très snob Upper East Side new-yorkais, n’est finalement à son aise que dans cet univers doucereux de luxe discret, où l’on conduit Jaguar, loge Chelsea, joue Wimbledon et où tout discours n’est valide que s’il s’échappe des lèvres scintillantes de quelque “beautiful people”.

Son deuxième essai britannique (“Cassandra’s Dream”) accouchera d’ailleurs d’un opus brouillon et inconsistant, Allen tentant de transposer en vain la grâce cruelle de Matchpoint dans le monde prolétaire des lads anglais, ces derniers n’offrant pas le même glamour naturel. En délocalisant son nouveau film sous le soleil de Barcelone, Woody Allen nous promettait une débauche sensorielle, une caméra en liberté sublimant un quatuor d’acteurs d’une impérieuse beauté… Malheureusement, si Vicky Cristina Barcelona retrouve par moment l’élégance dialoguée des films new-yorkais d’antan et sait magnifier Scarlett Johansson ou Penelope Cruz, on a pourtant le désagréable sentiment de regarder une œuvre en forme d’auto-caricature, qui observerait Barcelone comme le ferait un touriste argenté et résumerait le débat entre sens et sensibilité à une simple affaire de différences de mœurs entre une Amérique épuisée de puritanisme et une vieille Europe fatiguée de sa propre exubérance, si bien que Javier Bardem (impeccable dans sa virilité tranquille) et Penelope Cruz (qui, incendiant la pellicule à chaque plan, réinvente les poses et les regards de “Tout sur ma Mère”) semblent travestir leurs rôles joués sous la direction de Pedro Almodovar, endossant les frusques d’un cinéaste fatigué cherchant dans un changement thérapeutique de décor un remède au mal plus profond qui le ronge : l’impossibilité de se mettre en porte à faux et d’être infidèle à sa propre stylistique.

Matchpoint” nous avait fait croire à un nouveau réveil du monstre Allen, similaire à l’onde destructrice qui avait présidé à quelques unes de ses belles prises de risque des années 90 (“Deconstructing Harry”, “Mighty Aphrodite”, “Celebrities”)… En réalité, “Matchpoint” sera peut-être le dernier grand film de Woody Allen, loin de ces annuelles livraisons de films vite essoufflés, œuvre-synthèse et maladive sur l’imposture, la fascination de l’avoir au détriment de l’être et somme testamentaire d’un cinéaste lui-même souvent pris en posture d’imitation.

Vicky Cristina Barcelona n’est pour autant pas sans intérêt, tant Allen y révèle un regard clinique et désabusé sur la possibilité de l’amour et tant les acteurs empoignent l’atmosphère solaire du film pour s’en faire l’écho grave et joyeux… Mais le choix de cet éternel entre-deux, le choix du parti de la frustration plutôt que celui de la rupture laisse le spectateur en suspens, rêvant du même scénario passé aux fers rouges et noirs d’un Almodovar déchaîné et dévoilant, derrière la paresseuse étude de mœurs de pauvres petites filles riches évoluant dans une Barcelone de circonstance, le visage de cendre d’un Yalta amoureux, où l’on ne sait plus vouloir, où l’on ne sait plus prendre et risquer et choisir et où le sens du raisonnable, le sens de la vie donc, finissent invariablement par l’emporter.

Vicky Nicky Barcelona

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