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« Mesrine: L’instinct de mort / L’ennemi public n°1 » : une trajectoire française

Quelques semaines après sa sortie en salle, j’ai finalement pu visionner les deux volets du biopic de Jean-François Richet retraçant la carrière criminelle de Jacques Mesrine, mélange de Robin des bois et de Cartouche et dont l’itinéraire personnel, de la guerre d’Algérie à l’Amérique du Nord, en passant par les tentations OAS ou Brigades Rouges, s’affirme comme le reflet des transformations silencieuses de la société française depuis les années soixante.

Beaucoup a été écrit à la fois sur le film en lui-même, et sur le renouveau du mythe Mesrine en cette période de mutation structurelle d’un modèle français en pleine implosion: chanson de geste héroïque pour les uns, simple portrait de gangster pour les autres, film d’action prétexte à un numéro d’acteur pour les derniers (Vincent Cassel habitant il est vrai le rôle avec une puissance insoupçonnée), ce pari cinématographique plutôt réussi, grâce à la mise en scène nerveuse de Richet qui filme Mesrine à hauteur d’homme et parvient à dévoiler et le bon et la brute sans glorifier aucun des deux, livre avant tout un rare portrait d’une Maison France perclue de vieilles haines (la Collaboration, la guerre d’Algérie, la torture dans les QHS) et se vautrant tout aussi rapidement dans de nouvelles passions incendiaires (l’extrémisme politique ou capitaliste, l’hédonisme permanent, le culte du dire et du paraître, bref, une certaine ""). Jean-François Richet, bien aidé par une solide distribution d’acteurs (Depardieu en parrain fatigué, Almaric en braqueur glacial et racé, Cécile de France et Ludivine Sagnier en vamps énamourées, Lanvin en activiste gauchiste usé) et par l’interprétation écrasante de Vincent Cassel, toujours sur le fil du rasoir, s’inscrit dans la grande tradition du polar à la française (de la Nouvelle Vague à Melville), tout en insufflant une énergie très américaine dans sa façon de ne jamais laisser le spectateur souffler pendant près de 4 heures, s’autorisant même le luxe de débuter les deux parties du film par la fin, à savoir l’arrestation-exécution de Mesrine porte de Clignancourt, levant ainsi immédiatement tout doute sur le destin de son personnage.

Mais, au-delà du film de gangster et de ses codes parfaitement maîtrisés, c’est beaucoup plus la description d’une France troublée et finalement intrinsèquement violente, loin des images d’Epinal passéistes régulièrement repassées par les média d’aujourd’hui lorsqu’ils traitent des années 60 et 70, qui emporte le film au-delà du simple exercice de style. Personnage complexe dans ses haines et ses amours, Mesrine incarne la transformation sociologique profonde d’un monde petit bourgeois emporté par les révolutions qu’il ne fait que voir passer (la décolonisation, la montée des factions extrémistes de gauche comme de droite, l’économie des média et de la finance, la société de consommation, les chocs pétroliers et la dés-industrialisation…). Né à Clichy, mort à "1 kilomètre à vol d’oiseau" de Clichy comme le dit lui-même le personnage, la grande aventure de Mesrine, cette épopée tant criminelle que médiatique, cette construction égotique d’un personnage de bandit d’honneur tour à tour joueur, violent et humain, finira dans la triste bordure du périphérique parisien, le corps criblé de balles comme n’importe quel le petite frappe de l’époque. La reconstitution historique de ces années 60/70 est particulièrement réussie, tant dans la description matérielle d’une société découvrant le tout consumérisme auquel Mesrine n’échappa pas que dans son environnement idéologique, rappelant le pouvoir d’opinion de la presse d’alors, ses aveuglements politiques et la naissance de cette monstrueuse passion médiatique qui assimile le fait et la nature du fait. En celà, "Mesrine" est une oeuvre plus amibitieuse qu’il n’y paraît, dépassant son statut de film de genre pour livrer en ombre chinoise le portrait d’une société-système à bout de souffle ayant généré son propre anticorps.

N

"Mesrine – L’Instinct de mort / L’ennemi public n°1" (2008) réalisé par Jean-François Richet, avec Vincent Cassel, Mathieu Almaric, Cécile de France, Ludivine Sagnier, Olivier Gourmet, Samuel le Bihan, …

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