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Le Single de la semaine #24: Feel Good / Feel bad Songs (vol.6) – Teenage Riots!!

 

Konbawa!

Le grand retour des singles de la semaine après des mois de vagabondage loin des plages numériques…. En ces temps difficiles où l’on se vautre dans la (bip), où l’on manifeste contre la (bip) faute d’autre chose, où l’on conjecture sur la résonnance que la (bip) aura sur l’art contemporain et où l’on veut voir dans le moindre frémissement des statistiques de la Fed les augures annonçant avec certitude la fin de la (bip), que faire d’autre sinon retourner à cet état d’adolescence permanent pour, enfin en phase avec le monde et son esprit de lourdeur, s’enquérir de nos petites rebellions dépressives et, dans un grand claquement de porte, congédier et l’univers tout entier et nos problèmes d’acné pour se plonger avec délice dans la violence surannée de nos anciennes afflictions. “Takes a teenage riot to get me out of bed right now” chantait ironiquement Sonic Youth… Rien n’aurait donc changé depuis 1988? Signons donc un billet adolescent aux deux visages.

– Le (feel good) single : Serj Tankian, “Money” sur l’album "Elect The Dead" (2007)

A ceux qui pensent que le Liban n’a récemment accouché musicalement que du Freddy Mercuresque Mika, dont la pop néo-niaise agita l’espace d’un instant les fessiers moulés en All for Mankind de quelques unes de mes ex-connaissances du microcosme communicant et publicitaire, je leur réponds: “Untel est un sot. C’est moi qui le dit. C’est lui qui le prouve” (Denis Diderot, jamais en mal d’un bon mauvais mot). Or donc, le Liban nous a aussi donné à connaître le dénommé Serj Tankian, leader libanais d’origine arménienne du groupe de nu metal System of A Down et artiste engagé s’il en est. Serj (tu permets que je t’appelle Serj?) aspire, comme tout leader de groupe aimant à faire du bruit se respectant, à quitter ce statut hâtivement étiqueté sur son front hâlé par une presse à courte vue et vise rien moins qu’endosser les habits des grandes consciences contestataires. Soit. A la différence du grotesque et bouffi Axl Rose, ce n’est pas à la Jack Daniels qu’il carbure, mais bien plutôt à la dénonciation des grandes pandémies de nos temps modernes : les ravages écologiques, les politiciens pourris, la corruption, la religion, l’argent. Soit. L’artiste s’était déjà fait remarquer en Septembre 2001 en publiant quelques jours après les attentats de NYC un intitulé “Understanding Oil” (dont acte) d’une rare audace détaillant au microcosme des headbangers ébahis les relations secrètes reliant Nostradamus, W Bush et les talibans. Sony s’empressa de faire disparaître le billet et la polémique fit de Serj Tankian une figure iconoclaste aux Etats-Unis. Revenu à la musique après avoir mené une courageuse campagne militant pour la reconnaissance du génocide arménien par les Etats-Unis en 2005, Tankian se devait de faire désormais coîncider son art et ses convictions. Chose faite, et de quelle manière, avec “Money” premier single extrait de son premier album solo.

Le single en lui même est un condensé éclectique de ce qu’un métalleux peut imaginer comme rupture ontologique. Arpèges d’introduction  au piano oscillant entre un Philip Glass de supermarché et un Aphex Twin graisseux, harmoniques de guitares interrompues par une poussée d’hormones soudaines et une voix comme muant, entre graves caverneux et stridences hurlantes. Saupoudrons le tout de lyrics enragés dénonçant l’argent contaminateur à grands coups de mots grandiloquents tout droit sortis d’une première lecture enthousiaste des “Cinq Leçons sur la Psychanalyse” de Freud et nous tenons là l’une des plus émouvantes manifestations de révolte boutonneuse.

Est-ce à dire que ce single ne mérite pas le détour? Que nenni, tant dans sa touchante candeur, il offre à entendre la bande-son de toutes nos adolescences: naïve et dramatique, maladroite et grandiose, pleines de promesses définitivement oubliées. Un titre majeur assurément quand comme moi, l’on a encore parfois quatorze ans et demi…

NB : j’offrirai volontiers un verre à celui qui me fera découvrir le sens caché de la superbe métaphore enchâssée dans les paroles de ce brûlot teenager 🙂 : “dancing bears of eroticism”… ?? WTF ??


Waning patience
People appetite
Disposition
This possession
Dispossessed from all the attractions,
Dancing bears of eroticism,
Self absorbed delusion
Inclusion of dysfunction
I now await the triumphant
Lost baggage, train station,

The cause of ineptitude
Can be traced to my mandatory down,
The cause of my servitude
Can be traced to the tyranny of (x2)

Money,
All for money,
Make your money,
Hide your money,
Stuff your money,
Hump your money
Save your money
All for money (x4)

My final surrender
Away from inclusion
I now await the triumphant
Left baggage, train station
                      

– Le (feel bad) single : Alice in Chains, "Nutshell” sur l’album "Unplugged" (1996)

C’est bien le propre de l’adolescence que de trouver le repos dans de douces dépressions. Quelle autre groupe pouvait mieux accompagner mes incartades nostalgiques qu’Alice in Chains, objet musical non identifié rapidement catalogué “grunge” par la presse car venu de Seattle mais qui restera toujours en marge des influences melvin-zeppeliennes propres à leurs camarades de jeux. Alice in Chains, c’est d’abord un son unique, tortueux et harmonique, grinçant et hypnotique, la basse enveloppante de Mike Inez et le jeu presque jazz de Sean Kinney donnant avant tout à entendre les partitions labyrinthes et arabisantes de Jerry Cantrell, seul véritable héritier de la filiation Hendricks dans ses changements de tonalité et sa fluidité technique. Et la voix, la voix spectrale, la voix glaçante de Layne Staley. Certains en font l’un des chanteurs rocks les plus marquants des trente dernières années, tant la tonalité si particulière de la voix de Staley suffisait à transformer un simple heavy blues en sidérante ballade funèbre et hallucinée. Comme porté par le déluge sonore distant envoyé par ses compagnons d’armes, Staley survolait les partitions comme d’autres les champs de bataille, livrant des incantations d’une noirceur inédite, en prise directe avec l’univers oppressif et angoissant de ses bad trips continus liés à son addiction à l’héroïne.

Quoi donc de plus naturel pour les adolescents que nous étions de trouver là quelque réconfort à écouter cette voix venue d’outre-tombe rendant soudainement tous nos supposées afflictions existentielles futiles et misérables. L’impossible noirceur d’Alice in Chains, à côté de laquelle les opus de Nirvana laissaient sourdre une tonalité presque pop empruntée aux Beatles, était comme la de David Lynch, une autoroute perdue menant tout droit vers le désert, la paranoïa, le néant. Malade, intoxiqué, dépressif, Staley, passant de cure de désintoxication en dépressions chroniques, ne fut que rarement en mesure de défendre sur scène les diamants noirs que le groupe gravait en studio, dans les fourneaux de la dernière grande crise économique du millénaire (Facelift, 1990, Dirt, et Sap, 1992, Jar of Flies, 1994 et Alice in Chains, 1995). En 1996 toutefois, trois ans après leur dernier concert public, les membres du groupe se réunissaient lors d’une session MTV Unplugged devenue légendaire et surpassant pour beaucoup en émotion et en musicalité la session pourtant exceptionnelle de Nirvana. Sur la pochette de l’album, on aperçoit en fond l’ombre spectrale de Staley, comme s’il devait n’être déjà plus qu’un fantôme à lui même. Staley y apparaît brisé, au bord du gouffre, se débâtant manifestement avec son addiction à l’héroïne, et livre pourtant une prestation magistrale, passant en revue les standards du groupe pour donner à entendre des versions terribles de dépouillement.

Nutshell” condense peut-être à l’extrême cet état d’adolescence: un esprit torturé dans une existence  trop grande pour lui. Sans revendication, sans hypocrisie, sans jamais chercher dans la société une cause qui l’exempterait de ses propres faiblesses, Layne Staley affrontait son malaise adolescent, cet état de disgrâce où rien ne trouve sa place et laisse émerger d’entre les jointures mal assemblées les maladives et tenaces volutes de la dépression volontaire, cette aspiration vers le bas et la nostalgie des enfances perdues. On espérait que Staley trouve l’apaisement dans la musique, comme l’enregistrement de l’album “Above” avec quelques amis de la scène de Seattle au sein du groupe pouvait le laisser croire. Staley y semblait éloigné de l’über-Angst qui le tenaillait. En 2002, huit ans après Kurt Cobain et un an avant Elliott Smith, il était retrouvé mort d’une overdose dans son domicile où il vivait reclus depuis six ans après le décès de sa compagne. Et depuis, nous prospérons. Bourgeoisement.

We chase misprinted lies
We face the path of time
And yet I fight
And yet I fight
This battle all alone
No one to cry to
No place to call home
Oooh…oooh…
My gift of self is raped
My privacy is raked
And yet I find
And yet I find
Repeating in my head
If I cant be my own
I’d feel better dead

Sayonara !

f*$k_nico_666

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