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Ex/Po! : “Classics in Lego” by Balakov ou comment philosopher à coups de Lego (Flickr)

La photographie n’est pas une question de moyens, c’est une question d’imagination et de patience. Henri Cartier-Bresson, Jacques-Henri Lartigue ou le grand photographe turc Ara Güller ont souvent raconté pourquoi la photographie fut longtemps par essence une activité sinon bourgeoise du moins rentière. Le coût du matériel, du développement, les contraintes techniques, l’incertitude d’avoir appuyé sur le déclencheur au bon moment pour saisir le fameux “instant décisif” ont cantonné pendant une bonne moitié du XXème siècle la photographie à quelques jeunes gens aisés capables de se consacrer tout entier à leur passion et de voyager sans réel souci du lendemain. L’industrialisation du médium photographique au tournant des années 1880 avec Eastman Kodak, la démocratisation du matériel au sortir de lors de la seconde guerre mondiale puis la révolution numérique finiront de rendre accessible à tous la pratique photographique. Pourtant, la photographie contemporaine ne cesse de lier performance esthétique et ampleurs des moyens mis en œuvre. Montage coûteux, lointains voyages d’exploration, mises en scène monumentales minutieusement préparées… si une certaine scène photographique (souvent passionnante par ailleurs) par des met au défi l’image en lui conférant une dimension monumentale (Andreas Gurski, Elger Esser) ou cinématographique (Erwin Olaf, Denis Darzacq, Desiree Dolron ou Izima Kaoru), il est fort heureusement toujours possible de tirer parti d’un minimalisme de moyens pour questionner le medium photographique et inlassablement chercher une meilleure réponse à la question fondamentale “qu’est-ce qu’une bonne photographie?”

, photographe professionnel actif sur le site de partage photo Flickr, en est la preuve vivante avec son album “”. En recréant dans son appartement des clichés célèbres appartenant aujourd’hui à l’histoire de la photographie, à partir de simples figurines Legos et diverses briques qui peuplèrent autrefois notre enfance, il démontre que l’imagination ne dépend de rien d’autre que des bornes qu’on lui fixe. Et Bakonov, photographe également obsédé par l’univers de Star Wars, de ressusciter comme par enchantement des clichés historiques signés Cartier-Bresson, Leibovitz, Riboud ou Rosenthal, avec quelques bouts de ficelle de coton et un bout de carton.

                             

Rien n’effraie notre photographe Legomane: ni le célèbre cliché de 1932 de Charles Ebbet représentant des ouvriers déjeunant assis au-dessus du vide new-yorkais sur la poutrelle métallique d’un skyscraper, ni la photographie de presse de Jeff Widener saisissant l’homme de la rue arrêtant à lui seul une colonne de char de l’Armée chinoise lors de la répression de la révolte de Tiananmen. Même Capa, la légende Capa est restituée, flou de bougé et grain argentique à l’appui dans une reconstitution du D-Day…

Quelques-unes de ces “re-créations” qui sont autant de “récréations” sont directement visibles dans la galerie photo en cliquant

La démarche de Bakonov n’en demeure pas moins extrêmement rigoureuse et les clichés figurant ses (le décor qu’il a construit pour simuler la scène, l’éclairage choisi, la méthode de prise de vue) démontrent une approche sophistiquée et professionnelle, quand bien même la scène se jouerait-elle sur la table de la cuisine…. 🙂

  

Au-delà de leur aspect ludique et de l’ingéniosité déployée, les clichés de Bakonov ludiques démontrent deux choses :

1/ ils témoignent d’une véritable démarche artistique, au-delà de la simple reconstitution miniature, et d’un questionnement aigu du medium photographique. En distanciant le fond de la forme, Bakonov donne brillamment à voir la profondeur photographique des images originelles ainsi recréées.

2/ Un grand cliché, de ceux qui s’inscrivent immédiatement dans l’histoire de la photographie, dans l’histoire de l’art, parfois dans l’histoire tout court, ne tient pas qu’au heureux hasard qui a voulu que tel photographe talentueux soit présent à un moment précis. Un grand cliché tient avant tout à cette parfaite combinaison de géométrie et d’émotion, d’attention et de recherche, en un mot à tout ce qu’un photographe apporte d’humanité dans sa démarche. Et ce qui subsiste derrière la reconstitution en Lego d’un cliché célèbre, ce n’est non pas la technique mais bien l’intention, le Ur-ziel  porté par l’image qui fait immédiatement résonner dans notre esprit l’image originelle et tout se qu’elle raconte sur notre humanité.

Bien loin de rédactions de presse qui appellent aujourd’hui les photographes amateurs à leur envoyer leurs clichés pour couvrir à moindre frais l’actualité et ainsi ne pas rémunérer un métier de photographe aujourd’hui réellement menacé, le travail minutieux et passionné de Balakov ne cesse de rappeler combien le regard de ces photographes professionnels nous tend un miroir permanent qui, même travesti, ne cesse de nous renvoyer une image familière mais inquiétante.

Nikonov

PS: vous pouvez soutenir le travail de Bakonov en vous procurant ses clichés en cliquant ici

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