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Archive for the ‘Cinéma’ Category

“Bright Star”: A thing of beauty is a joy for ever (John Keats in Endymion, Livre 1)

juin 29, 2010

Sept années s’étaient écoulées depuis le dernier long-métrage de Jane Campion, le sulfureux et noir “In The Cut” (2003) où Mark Ruffalo menait Meg Ryan – transfigurée – dans les profondeurs freudiennes d’Eros et Thanatos. Sept années pendant lesquelles Jane Campion s’est murmurée un nouveau “Portrait de femme’” – titre éponyme de son adaptation du roman d’Henry James : portrait de l’insondable pureté des sentiments, portrait des ravages délicieux de l’innocence amoureuse, un – nouveau – portrait romantique, comme l’on ne l’avait peut-être jamais vu au cinéma.

Nombreux sont ceux qui trouveront cette oeuvre trop candide, trop mièvre peut-être. Ils se tromperont, tant l’art de Jane Campion et de Greig Fraser, son directeur de la photographie, restituent à merveille les élans du coeur d’une jeunesse du début d’une XIXème siècle dont les conventions sociales et amoureuses étaient déjà à bout de course et seront balayées quelques 150 ans plus tard par les réels successeurs de John Keats, à savoir les chanteurs pop des années 60. La caméra de Jane Campion filme la rencontre d’une petite-bourgeoise qui ne pense qu’à la mode (Fanny Brawne) et d’un poète en devenir sans le sou qui ne pense qu’à écrire (John Keats). L’on pourrait facilement croire à la caricature, et pourtant, cette histoire, si malmenée par des générations d’enseignement poussiéreux du mouvement romantique du début du XIXème siècle, retrouve ici toute son incandescence, sa naîveté primitive, sa terrible évidence.

Bien sûr, leurs amours seront contrariés – l’argent, la condition sociale, la maladie, la mort enfin de Keats à Rome. Bien sûr, rien dans cette passion ne sera consommé. Bien sûr, les sentiments seront portés ici à leur paroxysme, au rythme imuable des saisons. Mais Jane Campion ne filme pas une leçon de littérature précise au bouton de guêtre près. Elle filme au plus près des personnages, en plans rapides, la modification infime qui rapproche en quelques instants deux êtres que tout oppose en apparence et qui ne jugeront plus leur bonheur qu’à la proximité de l’être aimé – quand bien même ne devrait-il jamais être plus proche que de l’autre côté d’une cloison de chambre. L’absence, l’inquiétude, la joie simple d’une marche en forêt dans une nature sublimée par la photo du chef opérateur, rien de tout cela n’apparaît comme un cliché usé jusqu’à la corde. Les deux jeunes acteurs que sont Abbie Cornish et Ben Whishaw donnent à la passion de leurs personnages une lumière tour à tour lunaire et solaire et donnent à voir comme au premier jour la candide beauté des amours si sérieux des jeunes gens de vingt ans.

Une oeuvre (hyper)-sensible et délicate qui donne envie de lire Keats à nouveau et dire nous aussi :

“A thing of beauty is a joy for ever:
Its loveliness increases; it will never
Pass into nothingness; but still will keep
A bower quiet for us, and a sleep
Full of sweet dreams, and health, and quiet breathing.”

John Keats, Endymion, Book I

Mots clés Technorati : Jane Campion, Abbie Cornish, Ben Whishaw, John Keats, Endymion, Rome, XIXème siècle, romantisme, 2010

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